C’est officiel : la neige et le froid vont faire leur grand retour fin janvier 2026 un “Moscou-Paris” en vue ?
Alors que beaucoup pensaient l’épisode hivernal derrière eux, les signaux météo de mi-janvier laissent entrevoir une nouvelle séquence plus froide en toute fin de mois.
Entre tempête, neige abondante en montagne et scénarios de blocage atmosphérique, la France avance sur une ligne de crête où la prévision devient vite un exercice d’équilibriste.
Une première quinzaine de janvier déjà très agitée
Le début de janvier 2026 a rappelé à quel point l’hiver peut encore mordre, même dans un climat qui se réchauffe. Après des chutes de neige parfois marquées dans plusieurs régions, c’est la tempête Goretti qui a imposé son tempo sur la façade nord-ouest. Météo-France décrit un épisode combinant vents violents et vagues-submersion, avec des rafales mesurées jusqu’à 161 km/h à Cherbourg et une mer très forte, culminant à 8,4 mètres près de la rade de Brest (bouée des Pierres Noires).
Sur le terrain, l’impact a été concret. Des dizaines de milliers de foyers privés d’électricité en Normandie au plus fort de l’événement, dans un contexte de perturbations de transport et de conditions de circulation dégradées. La vigilance a suivi l’évolution en direct d’une dépression rapide, glissant vers le nord-est après avoir balayé le nord-ouest du pays.
Ce type de séquence « neige puis tempête puis traîne froide » est typique des hivers océaniques, où l’atmosphère alterne entre coups de vent, perturbations actives et décrochages d’air plus froid. C’est aussi ce qui entretient, chez beaucoup de Français, l’impression d’un hiver qui n’en finit pas : on passe d’un danger à l’autre, parfois en quelques jours.
En montagne, la neige « idéale »… et un risque qui grimpe
Dans le même temps, les massifs ont reçu des quantités de neige remarquées, avec des épisodes continus sur plusieurs heures, parfois plusieurs jours. Ces cumuls, très attendus par les stations, ont aussi une contrepartie immédiate : l’instabilité du manteau neigeux.
Météo-France a justement publié une mise en garde sur le risque d’avalanches et de coulées de neige après les fortes chutes récentes, rappelant que les conditions deviennent vite difficiles hors des domaines sécurisés. Dans certaines zones, l’épaisseur tombée en peu de temps a alimenté un risque fort, d’autant que le vent en altitude peut former des plaques et fragiliser des couches déjà présentes.
C’est là que se joue un paradoxe de l’hiver 2025-2026 : la neige peut être « abondante » et l’ambiance « grand hiver » en montagne, tout en rendant les pratiques plus dangereuses. Les images spectaculaires de murs de neige et de routes à dégager dans les Alpes illustrent autant la ressource touristique que la tension opérationnelle, entre sécurisation des pistes, déclenchements préventifs et alerte accrue.
À lire aussi
D’où vient ce froid qui s’accumule au nord et à l’est de l’Europe ?
Pour comprendre pourquoi la fin janvier fait autant parler, il faut élargir le cadre au continent. Depuis décembre, l’Europe du Nord a connu des épisodes de froid très sévères, largement documentés. Des médias internationaux ont rapporté des températures proches de -43 °C en Finlande, avec des valeurs remarquables pour la saison et des impacts sur le quotidien.
Ce froid installé au nord et à l’est ne « file » pas automatiquement vers la France. Il se comporte plutôt comme une réserve d’air très froid, prête à s’écouler vers le sud si la circulation atmosphérique l’autorise. En météo, tout se joue dans la position des centres d’action : où se place l’anticyclone, où circulent les dépressions, et comment ondule le courant-jet.
C’est ce qui explique la prudence des prévisionnistes : le froid peut rester cantonné sur l’Europe centrale, glisser vers les Balkans, ou, au contraire, prendre une trajectoire plus occidentale. Un léger décalage de quelques centaines de kilomètres dans la configuration et la France passe d’un scénario « froid sec » à un scénario « flux océanique » nettement plus doux.
« Moscou–Paris » ? Mieux vaut parler de « Vladivostok–Paris »
Dans le jargon météo français, on parle souvent d’un flux de nord-est continental de type « Moscou–Paris ». L’expression est imagée : elle décrit une advection froide venant d’Europe orientale, susceptible d’apporter gel durable et, si l’humidité s’invite, des épisodes neigeux jusqu’en plaine.
Mais si l’on veut traduire l’idée sans caricature géographique, « Vladivostok–Paris » dit la même chose avec une pointe d’ironie : l’idée d’un air continental « très loin à l’est », longuement refroidi sur les terres, puis canalisé vers l’Europe de l’Ouest. Le mécanisme, lui, reste identique : un blocage anticyclonique vers la Scandinavie ou la mer de Norvège peut ouvrir une « porte » à l’est, tandis que les perturbations sont repoussées au sud.
Le rôle du vortex polaire, et pourquoi il ne fait pas « la météo » tout seul
L’autre notion souvent citée dans ces scénarios est le vortex polaire. Météo-France rappelle que ce vaste tourbillon de vents en altitude confine l’air froid autour de l’Arctique, et que ses variations peuvent influencer la circulation à nos latitudes.
À lire aussi
Un vortex très fort tend à maintenir un courant-jet plus « tendu », donc une circulation plus zonale, souvent synonyme d’influence océanique en Europe de l’Ouest. À l’inverse, lorsqu’il s’affaiblit ou se déforme, le jet devient plus ondulant, et les échanges nord-sud s’amplifient : c’est là que des poches d’air froid peuvent descendre plus bas en latitude.
Pour autant, il faut se méfier des raccourcis. Le vortex polaire ne « décide » pas d’une vague de froid sur la France. Il crée un contexte plus ou moins favorable, mais la traduction au sol dépend ensuite d’une chaîne d’ajustements, dont la position exacte des hautes pressions et la chronologie des perturbations.
Fin janvier 2026 : un scénario crédible, mais la France n’est pas encore « fixée »
À ce stade, l’enjeu journalistique n’est pas de promettre une France ensevelie, mais d’expliquer pourquoi l’hypothèse revient dans les discussions. Les modèles peuvent entrevoir une bascule, mais la fiabilité baisse à mesure qu’on s’éloigne de l’échéance. C’est particulièrement vrai pour les scénarios de blocage : ils sont sensibles aux détails de trajectoire des dépressions atlantiques et aux ondulations du jet.
Concrètement, deux routes restent ouvertes. Dans la première, le blocage se positionne de façon à rabattre l’air froid continental vers l’ouest : le pays bascule dans un froid plus sec, avec gelées marquées et un risque neigeux surtout en cas de conflit de masses d’air. Et dans la seconde, le blocage se décale trop à l’est ou s’effondre : l’Atlantique reprend la main, et l’éventuelle fraîcheur se limite à un changement thermique temporaire, parfois accompagné de pluie et de vent.
Dans tous les cas, l’expérience récente invite à ne pas sous-estimer la capacité de l’hiver à rebondir. Le passage de Goretti, puis l’agitation en montagne, montrent que la saison 2025-2026 peut enchaîner des épisodes de nature différente, parfois très vite.
Et le climat dans tout ça ? Oui, le froid existe encore, mais il change de visage
Le retour possible d’un froid tardif ne contredit pas le réchauffement climatique. Météo-France insiste sur un point : les vagues de froid restent possibles, mais elles sont devenues plus rares, plus courtes et moins intenses en France sur les dernières décennies. Les constats du GIEC vont dans le même sens à l’échelle européenne, avec une baisse des épisodes de froid observée et attendue dans un climat plus chaud.
Ce qui change, c’est la perception et la vulnérabilité. Quand les épisodes sont moins fréquents, la préparation peut s’émousser : réseaux électriques, infrastructures, habitudes de conduite, dispositifs de protection des plus fragiles. Un « simple » décrochage froid peut alors produire des effets disproportionnés, surtout s’il combine neige, blocages et vent.
Surveiller la fin du mois, sans céder aux slogans
La fin janvier 2026 pourrait bien réserver un nouveau coup de froid, mais le mot-clé reste l’incertitude. Les ingrédients existent à l’échelle continentale, et les mécanismes sont identifiés, du blocage anticyclonique au jeu du vortex polaire. Pour autant, le scénario « Vladivostok–Paris » n’est pas une fatalité : il dépend d’un placement atmosphérique précis, et donc fragile.
Une chose, en revanche, est déjà acquise : après Goretti et les forts cumuls en montagne, l’hiver a montré qu’il pouvait encore peser lourd sur les routes, les réseaux et la sécurité. La meilleure boussole, dans les jours qui viennent, restera la vigilance officielle et l’évolution des tendances à mesure que l’échéance se rapproche.