Bloqué des heures sur une autoroute normande sous la neige : le récit d’une matinée hors du temps
Ce lundi de janvier, une chute de neige a suffi à paralyser une portion entière d’autoroute en Seine-Maritime.
Parmi les automobilistes immobilisés pendant des heures, Hervé, chauffeur de taxi, raconte une attente interminable, sans informations ni secours visibles dans un témoignage rapporté par Actu Normandie.
Crédit court : OregonDOT — CC BY 2.0
Une matinée qui commence comme les autres
La journée du lundi 5 janvier 2026 devait être routinière pour Hervé. Chauffeur de taxi basé à Neufchâtel-en-Bray, il prend son service très tôt, aux alentours de 6 h 15. Sa mission est claire : récupérer une cliente à Aumale et l’emmener à Rouen pour une opération de la cataracte programmée de longue date. Les premiers kilomètres se déroulent sans encombre, malgré un froid déjà bien installé et quelques flocons qui commencent à tomber.
À ce moment-là, rien ne laisse présager la situation qui l’attend quelques minutes plus tard. La circulation est fluide et, comme beaucoup d’automobilistes ce matin-là, Hervé pense pouvoir rejoindre l’autoroute sans difficulté. Mais dès son arrivée sur l’autoroute A28, au niveau de l’échangeur de Neufchâtel nord, tout bascule brutalement.
Crédit court : OregonDOT — CC BY 2.0
La circulation s’arrête net
Très rapidement, la progression devient impossible. Les véhicules ralentissent puis s’immobilisent totalement. En cause, des poids lourds incapables de gravir une côte rendue glissante par la neige. En quelques minutes, un bouchon massif se forme, piégeant des dizaines d’automobilistes dans un long ruban de voitures à l’arrêt.
Hervé comprend vite que la situation ne se débloquera pas rapidement. Conscient de l’urgence médicale de sa passagère, il contacte la clinique pour annuler le rendez-vous. Une décision difficile mais inévitable. Dès lors, commence une attente qui va durer près de cinq heures, de 6 h 30 à 11 h 20, dans un habitacle figé au milieu de l’autoroute.
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Cinq heures d’attente sans information
Au fil des minutes qui deviennent des heures, l’inquiétude grandit. Hervé tente de maintenir un minimum de confort à bord de son véhicule. Il remet le contact régulièrement pour faire fonctionner le chauffage et discute avec sa cliente afin de faire passer le temps. Malgré cela, la tension est palpable.
Ce qui frappe le chauffeur, c’est surtout le manque total d’informations. Il écoute la radio, consulte Internet sur son téléphone, mais ne trouve aucune indication claire sur l’évolution de la situation. Aucun message officiel, aucune consigne précise. Sur la chaussée, aucun signe non plus des autorités ou des services de déneigement. « Nous étions livrés à nous-mêmes », résume-t-il, encore marqué par cette impression d’abandon.
Des automobilistes livrés à eux-mêmes
De temps à autre, Hervé sort de son véhicule pour échanger avec d’autres conducteurs, notamment des routiers. Tous partagent le même constat : personne ne sait quand ni comment la circulation pourra reprendre. Chacun tente de glaner des informations, mais personne n’en possède réellement.
L’atmosphère reste toutefois relativement calme. Les automobilistes prennent leur mal en patience, conscients que la neige a surpris tout le monde. Pourtant, à mesure que la matinée avance, une évidence s’impose : sans initiative collective, l’attente risque de se prolonger indéfiniment.
Crédit court : SnowKing1 — CC BY-SA 3.0
Une initiative pour sortir de l’impasse
Face à cette situation figée, certains usagers décident d’agir. Hervé et plusieurs conducteurs se concertent et vont discuter avec les chauffeurs de poids lourds immobilisés en tête du bouchon. L’idée est simple : gagner un peu d’espace pour permettre aux véhicules légers de se faufiler prudemment.
Après plusieurs échanges et beaucoup de précautions, les camions acceptent de manœuvrer légèrement. Cette solidarité improvisée permet à quelques voitures de se dégager. Hervé parvient alors à emprunter une voie habituellement réservée à la direction des routes. Par chance, la barrière est ouverte, offrant une échappatoire inattendue à ceux qui, quelques instants plus tôt, se voyaient encore bloqués pour des heures.
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Un immense soulagement après l’épreuve
Lorsque Hervé quitte enfin l’autoroute, le soulagement est immense. Après près de cinq heures passées à l’arrêt, le simple fait de pouvoir rouler à nouveau donne l’impression de sortir d’une parenthèse irréelle. L’épreuve a été éprouvante, tant physiquement que moralement, mais elle se termine sans incident majeur.
Avec le recul, le chauffeur de taxi reste mesuré dans son analyse. Il estime que l’arrivée soudaine de la neige a pris tout le monde de court, y compris les services chargés de la gestion du réseau routier. Pour autant, cette matinée restera gravée dans sa mémoire, tout comme pour de nombreux automobilistes coincés ce jour-là aux abords de Neufchâtel-en-Bray.
Crédit court : Sebleouf — CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons).
Dans l’habitacle, le temps s’étire
Coincé sur l’autoroute A28 en Seine-Maritime, Hervé comprend très vite que la situation ne se résoudra pas en quelques minutes. Les secondes s’allongent, puis les quarts d’heure, puis les heures. Pour ne pas laisser l’inquiétude monter, il s’accroche à des gestes simples, presque mécaniques.
Il remet le contact « de temps en temps » pour réchauffer l’habitacle et garder un minimum de confort, tout en parlant avec sa passagère. Le rendez-vous médical a déjà été annulé, mais l’attente continue, avec cette impression d’être suspendu au milieu de nulle part, sans certitude sur la suite.
Quand l’information disparaît, la tension monte
Ce qui marque surtout le chauffeur de taxi, au-delà du froid et de l’immobilité, c’est le manque d’informations. Il cherche des nouvelles à la radio, tente aussi sur Internet, mais ne voit rien évoluer. À mesure que la matinée avance, l’absence de repères devient presque aussi pesante que la neige elle-même.
Sur place, Hervé ne voit ni déneigeuse, ni gendarmes. Il sort alors régulièrement pour échanger avec les routiers et d’autres conducteurs, espérant comprendre ce qui bloque vraiment. Mais chacun se retrouve face au même constat : les poids lourds n’arrivent plus à monter la côte, et personne ne sait quand l’axe sera débloqué. C’est précisément ce flou qui fait naître, peu à peu, l’idée qu’il faudra peut-être compter sur une forme de solidarité entre automobilistes pour s’en sortir.
Crédit court : Marc Mongenet — CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons).
Une journée aux lourdes conséquences
Au-delà de cette mésaventure personnelle, les répercussions ont été bien réelles pour son activité professionnelle. La société de taxi pour laquelle travaille Hervé a dû annuler une trentaine de transports prévus dans la journée, faute de pouvoir circuler normalement. Une perte économique non négligeable, qui s’ajoute à la fatigue et au stress accumulés.
En quittant les lieux, Hervé ne peut s’empêcher d’espérer que les conditions météorologiques s’amélioreront rapidement. Mais en plein cœur de l’hiver normand, l’incertitude demeure. Une chose est sûre : cette matinée passée à l’arrêt sur l’autoroute restera pour lui une expérience qu’il ne souhaite plus jamais revivre.