Affaire Patrick Bruel : une journaliste canadienne affirme avoir fait un signalement dès 2017 — le plus ancien connu à ce jour
L’affaire Patrick Bruel continue de s’épaissir. Alors que les témoignages s’accumulent depuis la mi-mars 2026, une journaliste québécoise vient de briser le silence dans les colonnes du magazine Elle. Elle raconte une agression sexuelle qui remonterait à avril 2017, dans une suite d’hôtel à Montréal. Et surtout, elle affirme avoir déposé un signalement auprès de la police canadienne quelques mois plus tard — bien avant que le nom du chanteur ne soit associé à la moindre accusation publique.

Une interview qui bascule dans la suite du Sofitel
La femme, qui a choisi de rester anonyme, travaillait à l’époque comme journaliste pour une radio locale francophone au Québec. Elle avait 28 ans. En avril 2017, elle se rend au Sofitel de Montréal pour interviewer Patrick Bruel, de passage au Canada.
L’entretien commence normalement, puis le chanteur évoque du bruit et de la fatigue. Il propose de poursuivre ailleurs. La journaliste pense à une salle de réunion. Mais c’est dans sa suite qu’il l’emmène. L’interview se déroule sans problème… jusqu’au moment où elle commence à ranger ses affaires.
Patrick Bruel lui propose de déjeuner ensemble. Elle décline. C’est là que la situation dérape, selon son récit. Le chanteur se serait placé devant la porte d’entrée, lui bloquant le passage, avant de la serrer dans ses bras. « Il me serre vraiment très très fort et me dit : ‘C’est bon de te sentir contre moi’ », a-t-elle confié au magazine Elle.
Puis il lui aurait pris le visage entre les mains pour l’embrasser de force sur la bouche. Repoussé, il l’aurait de nouveau attirée contre lui, aurait tenté de lui enlever son manteau, et l’aurait embrassée une seconde fois. La journaliste finit par prendre la fuite. Ce récit fait écho aux premières révélations de Mediapart qui ont déclenché l’affaire en France.
« J’ai eu la peur de ma vie »
De retour chez elle, la journaliste note tout dans un cahier. Chaque détail. Chaque mot. Ce cahier, elle l’a transmis au magazine Elle comme preuve contemporaine des faits. « J’ai eu la peur de ma vie. Je me suis demandé s’il allait me violer, me garder captive dans cette chambre », a-t-elle déclaré.

Elle en parle à sa supérieure hiérarchique à la radio. La réponse qu’elle reçoit est glaçante de banalité : ce type de personne ne doit pas avoir l’habitude qu’on lui dise non. Une phrase qui résume à elle seule le mur auquel se heurtent encore aujourd’hui de nombreuses femmes qui tentent d’alerter dans leur milieu professionnel. L’ancienne attachée de presse du chanteur avait d’ailleurs livré un témoignage éclairant sur le rapport de Bruel aux femmes qui l’entouraient.
Mais la Québécoise ne s’arrête pas là. Le 5 octobre 2017, elle dépose un signalement — l’équivalent canadien d’une main courante — à la police de Montréal. Un acte qui prend aujourd’hui une dimension particulière.
Le signalement le plus ancien connu tous pays confondus
C’est le détail qui change la perspective sur toute l’affaire. Ce signalement d’octobre 2017, comme l’a souligné le magazine Elle, constitue la trace officielle la plus ancienne concernant Patrick Bruel, tous pays confondus. Ni en France, ni en Belgique, personne n’avait formalisé quoi que ce soit auprès des autorités à cette date.
Cela signifie qu’une alerte existait dans les fichiers de la police montréalaise des années avant que les quinze nouveaux témoignages publiés par Mediapart le 7 mai 2026 ne viennent s’ajouter aux quatorze précédents. Des années avant que le nom de Patrick Bruel ne devienne synonyme de scandale dans la presse française.
Depuis, la journaliste a été reconnue comme victime d’un accident du travail par l’administration québécoise. Plus significatif encore : la CNESST (Commission des normes, de l’équité, de la sécurité et de la santé au travail) a officiellement reconnu une « atteinte permanente » et une « perte de jouissance de la vie ». Des termes administratifs qui traduisent un traumatisme durable et documenté. Ce témoignage rejoint ceux d’autres femmes, dont une ancienne Miss qui avait décrit Bruel comme « un animal ».
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L’entourage du chanteur conteste la version de la journaliste
Du côté de Patrick Bruel, la ligne de défense reste la même. Son attachée de presse historique au Québec — celle qui l’accompagne depuis des années lors de ses déplacements canadiens — réfute catégoriquement la version de la journaliste.

Elle affirme être restée « des dizaines de fois seule avec lui » et ne jamais avoir été témoin du moindre comportement déplacé. Toutefois, elle concède un point : elle avait été informée d’un « souci » avec cette journaliste à l’époque. Le chanteur lui aurait expliqué qu’il ne s’était « pas rendu compte qu’elle n’avait pas apprécié son hug ».
Un simple hug. C’est la version que Patrick Bruel aurait donnée à son entourage. Face aux déclarations de la journaliste — qui parle d’embrassades forcées, de tentative de déshabillage et de blocage physique devant la porte —, l’écart entre les deux récits est abyssal. Rappelons que le chanteur reste présumé innocent des faits qui lui sont reprochés. Ses proches avaient d’ailleurs raconté qu’il était « tombé des nues » face aux accusations.
Trois plaintes, trois enquêtes : l’étau se resserre
Au-delà de ce nouveau témoignage, la situation judiciaire de Patrick Bruel s’est considérablement alourdie ces dernières semaines. Le chanteur est aujourd’hui visé par trois plaintes en France et une en Belgique. Trois enquêtes distinctes ont été ouvertes : par les parquets de Paris, de Saint-Malo et de Bruxelles.
Parmi les plaignantes, Daniela Elstner, directrice d’Unifrance, a été entendue le 4 mai dernier par la police judiciaire parisienne. Son audition marque un tournant : c’est l’une des premières fois qu’une personnalité de premier plan du monde culturel français se retrouve face aux enquêteurs dans cette affaire.
Au total, entre les révélations initiales de Mediapart et les témoignages recueillis par Elle, ce sont désormais près d’une trentaine de femmes qui accusent le chanteur de violences sexuelles sur une période allant de 1991 à 2019. Des faits allégués qui couvrent près de trois décennies, répartis entre la France, la Belgique et désormais le Canada.
Une affaire devenue impossible à ignorer
Pendant que la justice avance, le monde du spectacle se déchire. Une pétition signée par Anna Mouglalis, Pomme et une cinquantaine de personnalités exige l’annulation de la tournée du chanteur, qui compte encore 57 dates programmées. De l’autre côté, des organisateurs de concerts plaident le maintien des représentations pour ne pas mettre au chômage les dizaines de techniciens et musiciens qui en dépendent.
Des manifestations ont eu lieu devant l’hôtel de luxe du chanteur dans le Vaucluse, avec des pancartes « Violeur, on te voit ». Certaines vidéos de youtubeuses évoquant le chanteur bien avant le scandale refont surface sur les réseaux sociaux, scrutées sous un nouvel angle.
Ce témoignage québécois ajoute une dimension internationale à une affaire qui ne cesse de grandir. Surtout, il pose une question qui dépasse le cas Bruel : combien de signalements comme celui-ci dorment dans des fichiers de police, dans plusieurs pays, sans que personne ne fasse le lien ? La journaliste avait alerté en 2017. Il aura fallu neuf ans pour que quelqu’un l’écoute.