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Macron alerte sur les menaces américaines : “Ne pensez pas que c’est terminé”

Publié par Killian Ravon le 11 Fév 2026 à 16:30

Emmanuel Macron veut éviter que l’Europe se rassure trop vite. Dans un entretien accordé à plusieurs titres européens. Le président décrit une relation transatlantique devenue imprévisible et appelle l’Union à se renforcer. Au cœur de son message : assumer une préférence européenne dans les secteurs stratégiques. Et rouvrir le débat sur un endettement commun pour financer la défense, la transition verte et le numérique.

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Emmanuel Macron lors d’un Conseil européen à Bruxelles
Emmanuel Macron lors d’un Conseil européen à Bruxelles. Crédit : European Union

Loin d’un simple coup de communication, l’Élysée tente de transformer une inquiétude diffuse en stratégie. Et de convaincre les partenaires européens qu’il reste une fenêtre, étroite mais réelle, pour reprendre la main.

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Une alerte sur une Amérique « instable » et des menaces qui reviennent par vagues

L’entretien, publié mardi 10 février par plusieurs journaux, s’appuie sur une idée simple. Les tensions commerciales et politiques ne disparaissent pas. Elles changent de forme. Emmanuel Macron évoque des « menaces » et des « intimidations », avec un Washington capable de reculer un jour. Puis de relancer le bras de fer le lendemain. La formule qui frappe le plus est celle de « l’instabilité à la microseconde du côté américain ».

Dans ce tableau, le président rappelle les épisodes récents liés au Groenland et aux droits de douane. Même quand l’exécutif américain temporise, Paris estime que le risque demeure sur d’autres fronts, du numérique à la pharmacie. Avec la menace de mesures ciblées contre des secteurs où l’Europe est forte.

La conséquence politique, Macron la résume sans détour : « Les États-Unis, qui nous assuraient, pensait-on, la sécurité pour toujours, font planer le doute ». Il ne s’agit pas, dans son esprit, de rompre l’alliance. Mais de ne plus construire toute la sécurité européenne sur une promesse devenue moins lisible.

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Emmanuel Macron et Donald Trump lors d’une rencontre en marge d’un sommet international. Crédit : Dan Scavino.

Pourquoi la préférence européenne revient au centre du jeu

La réponse proposée tient en deux mots : « Europe puissance ». L’expression n’est pas nouvelle chez Emmanuel Macron. Mais elle prend un relief particulier quand le président insiste sur le poids démographique et économique du continent : « 450 millions d’habitants ». Autrement dit, l’Europe n’est pas condamnée à la dépendance, à condition d’agir comme un bloc.

Dans l’entretien, il pousse l’idée d’une préférence européenne sur des secteurs « stratégiques » : cleantechs, chimie, acier, automobile, défense. Le raisonnement est pragmatique. D’un côté, les États-Unis et la Chine soutiennent leur industrie et jouent parfois avec les règles. De l’autre, l’UE reste un marché ouvert. Où les entreprises locales peuvent se retrouver prises en étau. Le président prévient que, sans protection ciblée, les Européens « seront balayés ».

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Cette ligne rejoint un débat déjà présent à Bruxelles. Plusieurs signaux récents vont dans le sens d’une simplification réglementaire. Et d’un marché intérieur plus efficace, avec en toile de fond la compétitivité européenne. La question n’est donc pas seulement française : l’idée circule, se discute. Et devient plus audible à mesure que l’actualité bouscule les certitudes.

Là où Macron insiste, c’est sur la méthode. Il ne parle pas d’un protectionnisme généralisé, mais d’une doctrine sectorielle : identifier ce qui conditionne la souveraineté (énergie, technologies clés, défense), puis orienter les achats publics, les normes et les financements vers des solutions européennes quand elles existent. Cela concerne aussi les secteurs vitaux comme la pharmacie.

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« On ne doit pas courber l’échine » : une rupture avec la logique des petits arrangements

Le président critique une approche qui consisterait à « trouver un arrangement » au cas par cas avec Washington. Selon lui, cette stratégie a été testée et s’est révélée peu payante, car elle place l’Europe dans une posture réactive : on négocie après la menace, on respire après le recul, puis on recommence.

À la place, Emmanuel Macron prône une ligne plus structurée. Renforcer le marché intérieur, simplifier, diversifier les partenariats commerciaux : ce triptyque vise à rendre l’Union moins vulnérable aux humeurs d’un allié comme aux pressions d’un concurrent.

L’entretien met aussi en scène un « moment Groenland », présenté comme un électrochoc utile. L’idée est politique : si l’Europe attend d’être bousculée pour se réveiller, autant transformer cette secousse en accélérateur de réformes.

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À ce stade, il faut le dire clairement : cette ligne n’a rien d’évident à appliquer. Les intérêts industriels diffèrent entre États membres, et le mot « préférence » fait immédiatement surgir la peur d’une fragmentation du marché unique. C’est précisément pour cela que Macron cherche à cadrer le débat : non pas chacun pour soi, mais une préférence commune, définie ensemble, sur des secteurs limités.

Le Berlaymont, cœur des décisions européennes sur l’industrie et la compétitivité. Crédit : Euro Pictures.

Eurobonds, investissements massifs : l’autre pièce du puzzle

L’argument économique est l’autre pilier de l’entretien. Emmanuel Macron chiffre les besoins d’investissements publics et privés dans l’UE à environ 1 200 milliards d’euros par an, en additionnant défense, sécurité, technologies vertes et numériques. Pour lui, l’échelle du défi impose un outil à la hauteur : une capacité commune d’endettement, des « eurobonds d’avenir ».

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Ce point est sensible, car l’idée se heurte régulièrement à la réticence de pays plus frugaux, dont l’Allemagne, qui n’a accepté que des exceptions dans des contextes extrêmes, comme la réponse à la crise du Covid-19. Macron, lui, veut normaliser l’idée qu’une Europe qui investit ensemble se protège mieux et pèse davantage.

Le raisonnement, cette fois, est aussi géopolitique. D’après Reuters, le président explique que l’Europe pourrait offrir une dette commune attractive aux investisseurs internationaux, comme alternative dans un monde où la confiance peut vaciller. On voit la logique : renforcer l’euro, muscler la souveraineté financière, et financer des priorités partagées sans laisser chaque État s’endetter seul.

Là encore, l’idée n’est pas vendue comme une baguette magique. Elle suppose une gouvernance claire, des objectifs identifiés, et une confiance politique que l’Union peine parfois à construire. Mais, dans l’entretien, Macron assume le pari : sans capacité de financement commune, l’Europe risque de rester un grand marché… incapable de se défendre et d’investir à la vitesse des autres.

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L’hémicycle de Strasbourg, où se discutent les grandes orientations économiques et politiques de l’UE. Crédit : Diliff.

Ce que cette stratégie peut avoir de positif, concrètement

Dans le meilleur des cas, la préférence européenne agirait comme un filet de sécurité industriel. En orientant davantage la commande publique et certains financements vers des acteurs européens, l’UE peut stabiliser des filières fragiles, sécuriser des emplois qualifiés et réduire sa dépendance sur des maillons critiques. Une Europe qui fabrique davantage chez elle est aussi une Europe moins exposée aux ruptures d’approvisionnement, comme celles observées lors des crises récentes.

Le second bénéfice tient à l’innovation. Protéger des secteurs stratégiques ne signifie pas seulement « acheter européen » : cela peut créer des conditions de marché suffisantes pour faire émerger des champions, financer la R&D et transformer des laboratoires en usines. Sur les cleantechs ou certains segments industriels, la compétition se joue désormais à coups de subventions, de crédits d’impôt et de standards ; refuser d’y répondre revient souvent à sortir du match.

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Enfin, l’endettement commun — s’il est ciblé, transparent et conditionné à des projets d’avenir — peut éviter un scénario connu : des États riches qui investissent massivement, et des États plus contraints budgétairement qui décrochent. Mutualiser une partie de l’effort, c’est aussi limiter la divergence économique interne, donc protéger l’unité politique. Même les désaccords actuels montrent une chose : le sujet est devenu trop central pour être évité indéfiniment.

Une Europe moins dépendante, sans basculer dans l’anti-américanisme

Emmanuel Macron prend soin de ne pas faire de l’Amérique un ennemi. Son propos vise plutôt une autonomie : ne pas dépendre « trop » des États-Unis, ni de la Chine, et construire une capacité de décision européenne. Sur ce point, El País insiste sur l’idée d’une Europe souveraine face à un climat de « permanence » de l’instabilité.

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Ce positionnement, en France, parle à une partie de l’opinion attachée à l’idée d’indépendance stratégique. À Bruxelles, il entre en résonance avec une inquiétude qui monte : si les Européens ne se dotent pas d’outils industriels et financiers communs, ils subiront les choix des autres puissances, qu’il s’agisse de tarifs, de normes ou de technologies.

Reste un point : pour que cette ligne fonctionne, il faut des compromis. L’Europe n’avancera pas à 27 sur tout, tout de suite. Mais Macron tente de pousser un cadre : des priorités limitées, un financement crédible, et une stratégie lisible, plutôt qu’une suite de réactions dispersées.

Les drapeaux européens devant les institutions, symbole d’une réponse collective aux pressions extérieures. Crédit : Marek Ślusarczyk / Tupungato.
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Une vision cohérante avec cette prise de parole

Avec cette prise de parole, Emmanuel Macron remet sur la table une vision cohérente : convertir les secousses venues de Washington en accélérateur de souveraineté européenne. La préférence européenne et l’idée d’eurobonds ne sont pas des slogans isolés, mais deux leviers complémentaires : protéger et investir, pour éviter que l’Europe ne soit condamnée à choisir entre dépendance et déclassement.

La réussite dépendra moins des formules que de la capacité à convaincre les partenaires. Pourtant, un fait ressort de l’entretien : Paris ne veut plus d’une Europe spectatrice, rassurée par à-coups. Dans un monde où les alliances se reconfigurent vite, l’option la plus prudente pourrait bien être celle que Macron décrit comme la plus ambitieuse.

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