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Étoile géante Bételgeuse : une nouvelle découverte dévoilée par la NASA

Publié par Killian Ravon le 15 Jan 2026 à 10:38

Bételgeuse, la géante rouge star de la constellation d’Orion, n’a pas fini de surprendre les astronomes. Grâce à de nouvelles observations du télescope spatial Hubble et à des données au sol, une équipe affirme avoir détecté la trace laissée par une petite étoile compagne, longtemps soupçonnée mais restée invisible.

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Illustration artistique de Bételgeuse avec une petite étoile compagne et un sillage de gaz rouge tourbillonnant dans son atmosphère étendue.
Bételgeuse, supergéante rouge, et sa compagne « Siwarha » dont le passage façonne un sillage dense de gaz et de poussières dans l’enveloppe externe de l’étoile (concept d’artiste).

Un indice qui aide à relire autrement ses variations d’éclat… et ses sautes d’humeur spectaculaires.

La vidéo du jour à ne pas manquer
Le télescope spatial Hubble déployé en orbite terrestre après la mission STS-31.
Hubble, photographié peu après son déploiement en 1990, l’observatoire spatial qui a permis de suivre l’atmosphère de Bételgeuse sur plusieurs années.
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Une géante rouge sous surveillance permanente

Si Bételgeuse fascine autant, c’est parce qu’elle coche toutes les cases du « laboratoire céleste » idéal. Proche à l’échelle galactique, énorme, instable, elle se situe à environ 650 années-lumière et son disque peut être étudié de manière directe, ce qui reste rare pour une étoile autre que le Soleil. La NASA rappelle qu’elle est si dilatée que des centaines de millions de Soleils pourraient tenir dans son volume.

Cette proximité a un revers : la moindre variation devient un événement public. Quand, entre fin 2019 et début 2020, Bételgeuse a chuté brutalement en luminosité — au point d’être « visiblement » affaiblie pour des observateurs assidus — le sujet a quitté les cercles d’astronomes pour devenir un phénomène mondial. Cette « Grande Atténuation » (Great Dimming) a d’abord nourri des spéculations sur une supernova imminente…

Avant que les travaux ne convergent vers une explication plus terre-à-terre : un refroidissement local de la surface suivi d’une formation rapide de poussières ayant partiellement masqué l’étoile, comme l’a détaillé l’Observatoire européen austral (ESO) à propos d’une étude parue dans Nature.

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Carte de la constellation d’Orion indiquant la position de Bételgeuse.
La constellation d’Orion, où Bételgeuse marque l’épaule du chasseur, un repère majeur du ciel d’hiver dans l’hémisphère nord.

Deux rythmes, un mystère : la signature d’un compagnon

Au-delà de cet épisode spectaculaire, Bételgeuse présente depuis longtemps des cycles de variabilité qui intriguent. Les chercheurs distinguent notamment un cycle d’environ 400 jours, aujourd’hui largement attribué aux pulsations de l’étoile, et un cycle beaucoup plus long, autour de 2 100 jours, qualifié de « long secondary period » (LSP).

Or, ce second rythme posait problème : une pulsation aussi lente ne colle pas facilement avec les modèles internes d’une supergéante rouge. Ces dernières années, plusieurs équipes ont remis sur la table une hypothèse ancienne : Bételgeuse serait en réalité un système binaire, avec une étoile compagne de faible masse orbitant très près, au point de plonger dans l’atmosphère étendue de la géante.

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C’est ici que la littérature scientifique récente devient décisive. Une étude conduite par Morgan MacLeod et ses collègues s’appuie sur un siècle de vitesses radiales, de mesures de luminosité et de données astrométriques : elle conclut qu’un compagnon de masse inférieure à celle du Soleil pourrait expliquer la période d’environ 2 110 jours, pour une séparation de l’ordre de « juste un peu plus de deux fois » le rayon de Bételgeuse.

Le papier évoque même une évolution future où l’orbite se dégraderait jusqu’à une « ingestion » du compagnon à l’échelle de 10 000 ans, conséquence d’interactions de marée.

De son côté, Jared Goldberg et ses co-auteurs ont défendu le scénario d’une binarité comme origine plausible du LSP, en discutant la compatibilité avec les contraintes observationnelles et les limites des autres explications proposées.

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« Siwarha » : l’étoile discrète qui remue l’atmosphère de Bételgeuse

Le 5 janvier 2026, la NASA a mis en avant un résultat présenté à la 247e réunion de l’American Astronomical Society : l’équipe menée par Andrea Dupree (Center for Astrophysics | Harvard & Smithsonian) affirme avoir suivi l’influence d’une étoile compagne récemment identifiée, baptisée « Siwarha », sur le gaz entourant Bételgeuse.

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Le cœur de l’argument n’est pas une simple variation de luminosité, mais une structure dynamique : une traînée de gaz plus dense, une sorte de « sillage » qui se développe quand le compagnon traverse l’atmosphère externe de la supergéante. L’image la plus parlante, reprise dans le communiqué, est celle d’un bateau : en avançant, il crée une onde et une trace derrière lui. Ici, l’onde est spectrale.

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La NASA précise que ce sillage apparaît juste après le passage de la compagne devant le disque de Bételgeuse (vu depuis la Terre), un événement qui reviendrait tous les six ans environ, soit près de 2 100 jours.

Observation de Bételgeuse par ALMA montrant la photosphère et des zones plus chaudes.
Image ALMA de Bételgeuse : les structures et asymétries de la surface illustrent l’activité complexe d’une supergéante rouge et ses pertes de matière.

Ce que Hubble « voit » vraiment : des raies spectrales qui trahissent un sillage

Détecter une petite étoile au ras d’une supergéante rouge est un cauchemar instrumental. Le contraste de luminosité est gigantesque, et la séparation angulaire minuscule. La stratégie de l’équipe repose donc sur un marqueur indirect : l’empreinte du compagnon sur l’environnement gazeux.

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Le papier accepté (version arXiv disponible) décrit des signatures cohérentes avec la période d’environ 2 000 jours : une absorption circumstellaire variable dans des raies optiques (manganèse, Mn I), et des signes d’écoulements dans l’ultraviolet via des raies comme Fe II, Si I et Mg I. Point crucial : l’absorption et les indices d’écoulement augmentent après le transit, puis diminuent progressivement à l’approche du transit suivant, ce qui colle avec l’idée d’un sillage « traînant » et s’étendant derrière l’objet en orbite.

Dans la même veine, la NASA insiste sur une série d’observations combinant Hubble et des télescopes au sol (notamment au Fred Lawrence Whipple Observatory et à l’observatoire de Roque de los Muchachos), afin de suivre sur près de huit ans les changements de spectre et de cinématique du gaz.

Dit autrement : on ne « voit » pas Siwarha comme une petite bille lumineuse accolée à Bételgeuse ; on voit la turbulence qu’elle imprime dans une atmosphère géante, un milieu déjà instable, parcouru de mouvements convectifs et d’éjections.

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Comparaison de taille entre Bételgeuse et le Soleil avec annotation du Système solaire.
Visualisation de l’échelle : Bételgeuse, mesurée à partir de données ALMA, comparée au Soleil et aux distances planétaires pour comprendre son gigantisme.

Une piste renforcée par l’imagerie au sol… mais encore prudente

L’histoire devient encore plus intéressante lorsqu’on la met en regard d’un autre résultat : la « probable » détection en imagerie directe du compagnon de Bételgeuse grâce à de l’imagerie speckle sur Gemini North.

Dans un article arXiv de 2025, Steve Howell et ses collègues comparent des observations de 2020 (pendant la Grande Atténuation, quand le compagnon était censé être aligné et donc indétectable) et de décembre 2024, trois jours après la date prévue de séparation maximale.

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Ils rapportent une détection « probable » en 2024, à une séparation angulaire d’environ 52 millisecondes d’arc, avec un contraste d’environ six magnitudes à 466 nm. Mais ils soulignent aussi un point de méthode : la significativité annoncée reste faible (signal de l’ordre de 1,5 sigma), même si la concordance avec la position attendue renforce l’interprétation.

Cette prudence est essentielle : en astrophysique observationnelle, surtout au bord des capacités instrumentales, un faisceau d’indices cohérents vaut souvent mieux qu’un seul « cliché ». C’est précisément ce que propose l’approche 2026 : plutôt qu’un portrait direct, une chronologie spectrale qui colle à une orbite et à une interaction physique attendue.

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Pourquoi cela change notre lecture de la « Grande Atténuation »

Relier la présence d’un compagnon à la Grande Atténuation de 2019-2020 serait tentant, mais les chercheurs restent mesurés. L’ESO attribue l’épisode à une poussière formée après un refroidissement de surface et une éjection de gaz, sans besoin d’invoquer un compagnon comme cause directe.

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En revanche, la binarité pourrait aider à comprendre pourquoi Bételgeuse est aussi « compliquée » : une supergéante rouge a déjà une enveloppe convective bouillonnante, des vents, des cycles pulsatoires, et des épisodes d’éjection. Ajouter un corps en orbite très proche revient à remuer constamment le milieu, à créer des régions de densité accrue et à moduler l’opacité locale. C’est un scénario qui, au minimum, rend plausible l’existence d’un rythme long et stable.

Il faut aussi rappeler que Bételgeuse a montré récemment qu’elle pouvait produire des événements extrêmes. Dans un autre communiqué, la NASA a décrit une éjection de masse de surface spectaculaire observée avec Hubble, avec un volume de matière éjectée et une dynamique jugés hors norme pour une étoile de ce type, suivis d’une formation de poussière.

Photo grand champ de la constellation d’Orion où Bételgeuse apparaît comme une étoile rougeâtre en haut à gauche.
Orion photographiée depuis la Terre : Bételgeuse se distingue par sa teinte rouge, tandis que d’autres structures (nébuleuse d’Orion, boucle de Barnard) apparaissent dans le champ.
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Supernova : un jour, oui… mais pas « demain »

Dès qu’il est question de Bételgeuse, la supernova revient comme un refrain. Sur ce point, les institutions scientifiques sont très claires : l’étoile finira bien par exploser, car c’est le destin probable d’une supergéante rouge, mais l’échéance est inconnue et rien n’indique une imminence à l’échelle humaine.

La NASA, dans un article de vulgarisation récent, évoque l’ordre de grandeur souvent cité : « dans les 100 000 prochaines années ». C’est à la fois proche pour l’astrophysique, et immensément lointain pour nos vies.

Le vrai enjeu scientifique est ailleurs : comprendre comment ces étoiles perdent leur masse avant l’explosion. La masse perdue façonne l’environnement circumstellaire et conditionne l’apparence de la future supernova, sa courbe de lumière, et les signatures spectrales de l’interaction entre l’onde de choc et le gaz environnant.

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En ce sens, une compagne orbitant dans l’atmosphère étendue de Bételgeuse n’est pas une anecdote : c’est un mécanisme possible de structuration de la matière autour d’une étoile en fin de vie.

2027 en ligne de mire : le prochain test

Selon la NASA, Bételgeuse « éclipse » actuellement son compagnon depuis notre point de vue, et de nouvelles observations sont prévues lors de la prochaine réapparition attendue en 2027.

Ce rendez-vous sera décisif : si la modulation spectrale se répète au bon moment, si le sillage se reconstruit comme prévu après le transit, et si les efforts d’imagerie directe confirment une source au bon endroit, alors l’hypothèse passera du statut de « très probable » à celui de certitude robuste.

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Ces découvertes rejoignent d’autres résultats récents qui ont bouleversé notre vision du cosmos, comme l’exoplanète imagée par James-Webb, les conditions de vie potentielles sur la lune Europe, la nouvelle lune d’Uranus repérée par la NASA, ou encore le mystérieux visiteur interstellaire et son intrigant « battement de cœur » détecté sur la comète 3I/ATLAS.

Un sillage qui raconte la fin de vie des étoiles massives

Bételgeuse n’a pas seulement « un mystère de plus » : elle devient un cas d’école. En suivant non pas l’étoile compagne elle-même, mais l’empreinte qu’elle laisse dans une atmosphère géante, Hubble et ses partenaires au sol offrent une nouvelle façon de traquer les compagnons discrets des étoiles massives.

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Et, au passage, ils fournissent une clé élégante pour relire les cycles longs de luminosité, ces rythmes qui hantent l’astrophysique stellaire depuis des décennies.

Siwarha, même minuscule face à l’ogre Bételgeuse, pourrait donc être l’un de ces acteurs secondaires qui changent tout le scénario : pas la cause unique des crises de la supergéante, mais un agitateur permanent, sculptant le gaz, densifiant la matière, modulant la lumière. Dans l’histoire des supernovae à venir, comprendre ce genre de « détail » est souvent ce qui permet, le jour venu, d’interpréter correctement l’explosion.