SNCF : une amende de 200 € pour une vidéo trop forte, est-ce vraiment légal ?
Une amende SNCF bruit de 200 euros, simplement parce qu’une vidéo a été écoutée trop fort sur un téléphone. L’histoire a circulé ces derniers jours et a fait bondir pas mal d’usagers. Derrière l’indignation, une vraie question.
La SNCF peut-elle verbaliser pour ce motif, alors qu’aucun panneau n’annonce “écouteurs obligatoires” ? Le droit existe, mais il ne s’applique pas de façon automatique, et le montant peut surprendre.
Un PV à 200 euros pour une vidéo Instagram : ce que l’on sait du cas
Tout part d’un récit publié sur LinkedIn, puis supprimé. Dans lequel un voyageur raconte avoir été verbalisé après avoir regardé une vidéo “un peu trop fort”. Dans un train SNCF. Sur le récépissé, le motif retenu serait “usage d’instrument sonore”. Et l’usager aurait refusé la transaction immédiate. Ce qui change la suite de la procédure. Plusieurs médias ont repris l’affaire. Notamment Orange Actu et Pleine Vie. En rappelant que ce type de verbalisation existe déjà dans d’autres situations similaires (appel en haut-parleur, nuisance sonore en gare).
Dans l’opinion, le débat se cristallise vite. Certains y voient une sanction de “bon sens” face aux incivilités. D’autres une réponse disproportionnée à un simple son de smartphone. Or, juridiquement, la question n’est pas “vidéo interdite ou autorisée”, mais plutôt “trouble caractérisé ou non pour les autres voyageurs”. C’est précisément là que se joue la légalité.
Ce que dit la loi : pas “interdit d’écouter”, mais interdit de déranger
L’article du Code des transports qui sert de base. Contrairement à une idée répandue. Le Code des transports ne liste pas noir sur blanc “TikTok” ou “Instagram” dans une rubrique “interdictions”. En revanche, il pose un principe clair. Dans les espaces et véhicules de transport public. Il est interdit d’utiliser, sans autorisation, des appareils ou instruments sonores. Ou de troubler la tranquillité d’autrui par des bruits ou tapages. Aujourd’hui, ce cadre est notamment posé par l’article R2242-11 du Code des transports, régulièrement cité pour ce type de nuisances.
Autrement dit, ce n’est pas le fait d’écouter un contenu qui est automatiquement sanctionné. Mais le fait de créer une gêne. La logique ressemble à celle du tapage. L’appréciation dépend du contexte, du volume, de la durée, de l’environnement, et parfois des plaintes ou signalements. Un contrôleur peut donc intervenir d’abord en demandant de baisser le son ou de mettre des écouteurs. Puis verbaliser si la situation persiste.
Une contravention de 4e classe : des montants encadrés
Le texte renvoie à une contravention de 4e classe. En pratique, les montants “forfaitaires” associés aux contraventions de 4e classe sont connus : 135 euros au tarif forfaitaire, avec des variations selon minorations/majorations et délais. C’est là que beaucoup décrochent : si l’on parle de 135 euros, comment arrive-t-on à 200 ? En réalité, plusieurs situations mènent à ce total, et l’histoire racontée coche justement l’un des scénarios les plus fréquents.
Pourquoi 200 euros, alors qu’on lit souvent 135 ou 150 ?
Le “200 euros” correspond généralement à une addition de deux éléments : une base de verbalisation et un supplément lié au mode de paiement ou au refus de régler immédiatement. Dans l’affaire reprise par Pleine Vie, il est expliqué que le refus de payer sur place entraîne une majoration, qui peut faire grimper le montant demandé.
Dans le vocabulaire des transporteurs, il faut distinguer le paiement immédiat (transaction) et le procès-verbal qui part ensuite dans un circuit de recouvrement. Si la transaction n’est pas effectuée sur le moment, les sommes peuvent augmenter, et la procédure n’est plus la même. C’est ce que décrivent plusieurs récits récents autour de l’usage du haut-parleur en gare, où l’amende annoncée “à partir de 150 euros” peut finir à 200 lorsque le paiement n’est pas réalisé immédiatement.
Au final, ce n’est donc pas forcément “une amende spéciale à 200 euros pour une vidéo”. On est plutôt sur une infraction “nuisance/usage sonore” avec un montant qui gonfle parce que la transaction immédiate n’a pas été acceptée, ou parce que le paiement intervient hors délai.
Légalité, oui… mais pas automatique : ce qui peut être discuté
Dire que c’est “légal” ne signifie pas que c’est “incontestable”. La base juridique existe, mais l’application repose sur une appréciation : y avait-il réellement trouble à la tranquillité d’autrui, et l’infraction était-elle suffisamment caractérisée ? Dans la pratique, si l’agent a constaté une gêne manifeste, le PV peut tenir.
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Pour autant, la contestation reste possible, surtout si l’usager estime que le volume était modéré, que personne ne s’est plaint, ou que l’intervention n’a pas suivi une logique progressive (rappel à l’ordre puis sanction). Le problème, c’est la preuve : démontrer après coup le niveau sonore réel dans un wagon est rarement simple. Les témoignages d’autres voyageurs, une chronologie précise et tout élément matériel peuvent aider, même si ces situations se jouent souvent en quelques minutes.
Comment contester une amende SNCF bruit, concrètement
Sur ce point, les règles sont assez claires : la SNCF prévoit une procédure dédiée à la contestation des contraventions, avec un délai de trois mois après la date d’infraction si le PV n’a pas été réglé à bord. La démarche peut passer par une réclamation en ligne ou par un courrier adressé au centre de recouvrement dont les coordonnées figurent sur les documents reçus.
Si le litige n’est pas résolu via le service client, il est aussi possible de saisir la médiation SNCF Voyageurs, un dispositif gratuit visant un règlement à l’amiable. Là encore, l’idée est d’arriver avec un dossier propre : copie du PV, preuve des démarches précédentes, et pièces utiles. À noter : les démarches “transport” sont un terrain rêvé pour les escrocs. Si vous recevez un SMS qui vous presse de payer une amende via un lien douteux, méfiance absolue : ce type d’arnaque circule régulièrement.
Un sujet qui revient souvent : téléphone, chants, animaux… même logique
Cette affaire s’inscrit dans une série d’histoires où la notion de “tranquillité des voyageurs” devient un motif de sanction. À l’été 2025, par exemple, une passagère disait avoir été verbalisée à cause des miaulements de son chat pendant un trajet, une situation qui renvoie à la même idée : ce n’est pas “l’animal” qui est interdit, mais le bruit jugé gênant.
On a aussi vu des cas où l’ambiance sonore dépasse le smartphone, comme des voyageurs verbalisés pour avoir chanté en gare, avec une amende présentée comme liée aux nuisances. Là encore, le point central reste l’impact sur autrui dans un espace partagé. On se souvient également de cette amende de la RATP pour un simple transport d’objet ou encore de cette usagère qui a écopé d’un PV pour avoir simplement effleuré un siège avec ses pieds.
Et puis, il faut le dire : les tensions autour des incivilités dans les transports ne datent pas d’hier. Sur TDN, on a déjà vu des histoires d’amendes qui partent d’une règle mal comprise ou d’un geste jugé anodin, comme ce voyageur sanctionné après avoir échangé sa place dans un TGV, avant que l’amende ne soit finalement annulée.
Que retenir ?
Oui, une amende SNCF bruit peut être légale si le son d’un téléphone est considéré comme un trouble à la tranquillité d’autrui : le Code des transports prévoit bien une base pour sanctionner l’usage d’appareils sonores et les bruits gênants. Le montant de 200 euros, lui, s’explique souvent par la mécanique “PV + majoration” quand la transaction immédiate n’est pas réglée sur place ou quand le dossier bascule dans le recouvrement.
Reste que la légalité ne signifie pas “zéro débat” : l’appréciation du trouble, le contexte et la façon dont l’intervention s’est déroulée comptent. Dans le doute, mieux vaut couper le son ou utiliser des écouteurs. Et si vous estimez avoir été sanctionné abusivement, la contestation existe, avec des délais à respecter.
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