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On parle beaucoup du Livret A, mais ce 5e livret existe… et presque personne ne le détient

Publié par Killian Ravon le 09 Fév 2026 à 13:30

On connaît tous le Livret A, le LDDS, le LEP ou encore le CEL. Pourtant, dans les textes, un autre produit continue d’apparaître à chaque révision semestrielle : le livret d’épargne entreprise. Officiel, réglementé, pensé pour aider à créer ou reprendre une activité, il reste quasi invisible dans la vraie vie… Et certains députés proposent même de le supprimer.

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Un entrepreneur consulte un dossier “livret d’épargne entreprise” sur son bureau, avec des euros, un ordinateur et des documents de création d’activité.
Le livret d’épargne entreprise (LEE) a été pensé pour accompagner un projet de création ou de reprise, mais il reste très méconnu du grand public.

À chaque changement de taux, l’État publie un arrêté qui fixe la rémunération des produits d’épargne réglementée. En janvier 2026, le Journal officiel a de nouveau acté les taux applicables du 1er février au 31 juillet 2026. On y lit notamment un Livret A et un LDDS à 1,50 %, un LEP à 2,50 %, . Et deux autres taux à 1,00 %.

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La Banque de France participe au calcul semestriel des taux des livrets réglementés. Crédit : Garitan.
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Un livret qui revient… à chaque arrêté, sans jamais faire parler de lui

Derrière ce “1,00 %” discret se cache, entre autres, le livret d’épargne entreprise (LEE). Son taux n’est pas décidé “au feeling” : il suit une formule officielle. Le texte de référence prévoit que le LEE rapporte les trois quarts du taux du Livret A, arrondis au quart de point inférieur.

Conséquence mécanique : avec un Livret A à 1,50 %, les 75 % donnent 1,125 %, puis l’arrondi au quart de point inférieur ramène le tout… à 1,00 %. C’est net, simple sur le papier, et pourtant presque personne ne le voit passer.

Des députés ont proposé de supprimer le LEE, jugé peu utile et trop méconnu. Crédit : Funky Tee.
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Pourquoi le livret d’épargne entreprise est si peu connu

Dans l’imaginaire collectif, l’épargne réglementée tient en quelques noms familiers. Le Livret A sert de matelas de sécurité, le LDDS suit la même logique, et le LEP vise les ménages éligibles. Le reste, pour beaucoup, devient déjà flou.

Le LEE, lui, souffre d’un double handicap. D’abord, il n’est pas mis en avant : la plupart des banques ne le poussent pas, et certaines ne le commercialisent tout simplement plus. Ensuite, son principe même le rend moins “grand public”, car il s’adresse à des personnes qui ont un projet entrepreneurial et acceptent des contraintes proches d’un produit à phases.

Autre détail qui pèse : quand un livret n’est jamais évoqué en agence, il finit par sortir des radars. Même les comparateurs et simulateurs grand public l’affichent rarement en tête, parce qu’il ne joue pas dans la même cour que les livrets défiscalisés les plus connus.

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Une baisse de taux change vite le rendement annuel, même sur de petits montants. Crédit : Avij.

Un produit né pour la création d’entreprise… dans une autre époque

Le livret d’épargne entreprise n’a pas été inventé au hasard. Un rapport parlementaire rappelle qu’il a été institué par la loi du 9 juillet 1984 et qu’il a “pour vocation le financement de la création ou de la reprise d’une entreprise”.

Le mécanisme est très cadré. Pendant une période de 2 à 5 ans, l’épargnant accumule une somme en vue d’obtenir ensuite un prêt à taux réduit, proportionnel à l’épargne constituée.

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Sur le papier, l’idée est cohérente : pousser à l’effort d’épargne, puis transformer cet effort en levier de financement. Dans la pratique, le marché a évolué, les solutions de financement aussi, et le LEE s’est retrouvé coincé entre deux mondes.

Livret A, LDDS… et parfois des produits bien plus discrets dans l’offre réglementée. Crédit : Doudoulolita.

Une phase d’épargne… avec des obligations

Là où le Livret A accepte des versements libres, le LEE impose un cadre. Le rapport parlementaire indique un versement minimum de 750 euros à l’ouverture, puis 540 euros minimum par an.

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La contrainte ne s’arrête pas là. Les sommes sont indisponibles pendant la phase d’épargne, et le retrait “normal” ne peut intervenir qu’au bout de deux ans, sous peine de sortir du schéma prévu. Le plafond est, lui, fixé à 45 800 euros (hors intérêts).

Ce n’est pas forcément un mauvais produit, mais c’est un produit qui demande d’entrer dans une logique de projet. Or, la majorité des Français utilise les livrets réglementés pour rester liquide, pas pour s’engager sur un horizon de plusieurs années.

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Le point qui a achevé de le rendre invisible : la fiscalité

Longtemps, l’argument “différenciant” d’un produit d’épargne, c’est sa fiscalité. Et sur ce terrain, le LEE a perdu beaucoup de sa singularité.

Le même rapport parlementaire précise un basculement très clair : les intérêts des LEE ouverts avant le 1er janvier 2014 sont exonérés d’impôt sur le revenu, tandis que ceux ouverts après le 1er janvier 2014 sont soumis à l’impôt sur le revenu et entrent dans le champ du prélèvement forfaitaire (12,8 % côté impôt, auquel s’ajoutent les prélèvements sociaux selon le régime applicable).

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Autrement dit, pour un nouveau souscripteur, le LEE ne bénéficie plus de l’aura “livret réglementé = défiscalisé” que beaucoup associent spontanément au Livret A. À rendement comparable, ou inférieur, l’arbitrage devient vite défavorable.

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Le LEE a été conçu comme une épargne “à projet”, avec une phase de constitution puis un financement possible. Crédit : Olu Eletu.

Un taux indexé… mais pas forcément compétitif

L’avantage théorique du LEE, c’est sa prévisibilité : il suit le Livret A. Le problème, c’est que cette indexation se fait avec une décote automatique (75 %), et un arrondi qui peut parfois coûter cher.

Le texte fondateur de 2021 est explicite sur la formule du LEE. Et l’arrêté de janvier 2026 matérialise le résultat : 1,00 % sur la période qui démarre au 1er février 2026.

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Dans un environnement où d’autres placements peuvent repasser devant (fonds euros, comptes à terme, obligations via certains supports), le LEE a du mal à justifier ses contraintes. La question n’est même plus “est-il mauvais ?”, mais plutôt “pourquoi choisir celui-là, maintenant ?”.

Un livret que les députés proposent de supprimer

Le plus révélateur est peut-être ailleurs : dans les travaux parlementaires. Dans leur mission d’information sur la rémunération de l’épargne populaire et des classes moyennes, des députés expliquent que le LEE est “méconnu et peu distribué”. Puis ils vont plus loin : ils proposent de le supprimer, estimant qu’il “n’a pas fait la preuve de son utilité”.

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Ce passage dit quelque chose de simple. Quand un produit réglementé devient presque théorique, il finit par ressembler à une ligne de plus dans un tableau, pas à un outil de politique publique vivant.

Si une suppression devait arriver, elle serait probablement peu visible pour le grand public. Beaucoup découvriraient même l’existence du LEE… en apprenant qu’il disparaît, tout comme certains voient leur loi de finances impacter leurs anciens plans d’épargne.

Alors, à qui peut encore servir le livret d’épargne entreprise ?

Il reste des cas où le LEE peut avoir du sens. Une personne déjà engagée dans un projet de création ou de reprise, prête à respecter un calendrier d’épargne, peut y voir une discipline utile. La logique “je mets de côté, puis je demande un prêt lié” garde une cohérence, surtout si elle sert de cadre psychologique autant que financier.

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Bpifrance Création rappelle d’ailleurs que le LEE suit une mécanique proche d’un “plan” : épargner, puis éventuellement accéder à un financement en complément, tout en gardant à l’esprit que ce produit est peu connu et pas proposé partout.

Mais pour l’épargnant moyen, celui qui veut une réserve disponible et défiscalisée, l’outil n’est pas naturellement aligné. Le LEE demande un effort régulier, bloque l’argent dans la phase d’épargne, et affiche un rendement décoté par construction.

Un usage devenu très marginal

Le livret d’épargne entreprise existe toujours, noir sur blanc, et il continuera d’apparaître tant que les arrêtés le mentionnent. Son taux suit celui du Livret A, avec une règle simple qui l’a ramené à 1,00 % dès février 2026.

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Pourtant, son usage réel est devenu marginal. Trop contraignant pour un livret de “coussin”, pas assez attractif face à d’autres solutions de financement ou d’épargne, il ressemble de plus en plus à un héritage réglementaire. Le fait que des députés envisagent sa suppression sans attendre une grande réaction populaire résume bien son statut : un produit officiel… mais fantôme, où la moindre erreur administrative peut passer totalement inaperçue.

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