PEL fermé d’office en 2026 : ce que prévoit vraiment la loi, et pourquoi votre épargne peut basculer « par défaut »
À partir du 1er mars 2026, un changement discret va toucher les détenteurs de Plans Épargne Logement (PEL) ouverts depuis 2011. Beaucoup vont découvrir, parfois tard, qu’un PEL arrivé à son terme ne reste pas éternellement sur son support d’origine. Et quand le compte est transformé automatiquement, la rémunération et les « droits » associés peuvent changer.
Derrière les messages anxiogènes sur « des millions de PEL fermés du jour au lendemain », il y a une réalité réglementaire. Elle est solide, mais souvent mal comprise. Voici ce qui se passe, ce que vous risquez réellement de perdre… et comment éviter un transfert subi.
Mars 2026 : le début d’une échéance que beaucoup n’ont jamais intégrée
Le point de départ est simple : les PEL souscrits à partir du 1er mars 2011 ont une durée limitée à 15 ans. Les tout premiers PEL concernés par cette règle atteindront donc 15 ans à partir du 1er mars 2026.
À l’inverse, les PEL ouverts avant le 1er mars 2011 peuvent, eux, être conservés sans limite de durée. C’est une différence majeure, et c’est aussi la source d’une confusion fréquente. En pratique, beaucoup d’épargnants ont « un PEL » sans savoir de quelle génération il relève, ni quelle est sa date exacte d’ouverture. Or, c’est cette date qui déclenche tout.
Le terme « fermeture » est d’ailleurs trompeur. Dans la plupart des cas, l’épargne ne « disparaît » pas. Le mécanisme prévu est une transformation : au bout de 15 ans d’existence, le PEL est automatiquement transformé en livret d’épargne ordinaire. Il continue de produire des intérêts, mais à un taux fixé librement par la banque, et non plus au taux contractuel du PEL.
Autrement dit : l’argent reste dans votre banque, mais il peut changer de « conteneur » — et donc de règles. C’est précisément ce basculement, parfois mal anticipé, qui donne l’impression d’un passage en force.
Pourquoi cette règle existe : une réforme pensée pour éviter des PEL « à vie »
Pendant longtemps, le PEL a été un produit très stable. Son taux est fixé à l’ouverture et ne bouge plus. Cela a rendu certains vieux PEL particulièrement attractifs quand les taux de marché ont baissé. Résultat : beaucoup de détenteurs ont gardé leur PEL comme un placement « refuge », même sans projet immobilier.
La réforme entrée en vigueur en 2011 a changé l’équilibre. Les nouveaux PEL ont été encadrés plus strictement, notamment par une durée de vie maximale. Dans le même mouvement, la manière de fixer le taux a été rationalisée : une note de La Banque Postale rappelle qu’à partir du 1er mars 2011, le taux du PEL s’appuie sur une règle liée à des taux « swap », avec un taux plancher (à 1 % depuis le 1er août 2016).
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L’objectif, côté pouvoirs publics comme côté établissements, est aussi de limiter l’accumulation de produits très anciens et très rémunérateurs dans un environnement de taux bas. D’ailleurs, cette même note souligne l’écart entre générations : fin 2020, le taux moyen des PEL ouverts avant 2011 ressortait autour de 4,5 % dans leurs calculs, ce qui explique qu’ils aient longtemps été peu fermés.
Ce contexte aide à comprendre l’esprit de la réforme : un PEL récent est conçu comme un outil d’épargne « à horizon » et non comme un livret perpétuel.
L’ampleur du phénomène : beaucoup moins que « 3,2 millions un même jour », mais un stock énorme
Certains articles évoquent « des millions » de PEL qui basculeraient d’un coup. Dans les faits, la règle produit plutôt une vague progressive : chaque PEL atteint son 15e anniversaire à sa date propre. Ce n’est donc pas une bascule nationale sur une seule échéance, mais une succession d’échéances au fil des mois.
En revanche, l’enjeu de volume est réel, parce que le PEL reste un produit massivement détenu. La Fédération bancaire française, en s’appuyant sur la Banque de France, indiquait qu’il y avait 9 millions de PEL fin 2024, et un encours de 207,1 milliards d’euros à fin juin 2025. Dans le même document, on lit aussi que le nombre de PEL recule fortement sur un an, signe que le produit sort progressivement des radars au profit d’autres supports… tout en restant très présent dans le patrimoine des ménages.
Conclusion : l’idée d’un « choc » peut être exagérée dans le calendrier, mais pas dans le ressenti. Quand un produit concerne des millions de personnes, la moindre règle mal comprise devient un sujet social.
Ce que vous perdez vraiment quand le PEL est transformé
Le premier impact est la rémunération. Tant que le PEL vit « dans ses règles », il produit des intérêts au taux fixé à l’ouverture. Mais une fois transformé en livret ordinaire, la banque fixe le taux, et il est souvent moins avantageux.
Le deuxième impact concerne les droits liés au prêt épargne logement. Un PEL n’est pas seulement une rémunération : il ouvre aussi, sous conditions, des droits à prêt. Service-Public rappelle que le taux du prêt est fixé dès l’ouverture, et donne par exemple 3,20 % pour les PEL ouverts à partir du 1er janvier 2026. Dans un marché immobilier où les taux varient, cet avantage peut être intéressant… ou non. Tout dépend de la conjoncture au moment où l’on souhaite emprunter.
Troisième point : la prime d’État. Elle a été progressivement rabotée, puis supprimée pour les PEL ouverts à partir du 1er janvier 2018, qui ne permettent plus d’en bénéficier. Là aussi, beaucoup d’épargnants gardent en tête une version « historique » du PEL, et découvrent trop tard que leur contrat n’a pas les mêmes caractéristiques.
Enfin, il y a un effet psychologique puissant : quand un PEL devient un livret bancaire « ordinaire », l’épargnant a l’impression de perdre un produit encadré et lisible, remplacé par un support moins transparent. Ce n’est pas une disparition de fonds. Cependant, c’est bien un changement de cadre.
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Le vrai problème : l’information, souvent tardive, parfois incomprise
Sur le papier, les règles sont publiques et stables. Dans la vie réelle, elles se heurtent à un mur : la plupart des PEL ont été ouverts il y a plus de dix ans. Ils ont parfois changé de conseiller, de banque, de situation familiale. Ils sont aussi souvent « rangés » dans la catégorie des comptes que l’on ne consulte pas chaque mois.
Service-Public rappelle que la banque doit informer un mois avant certaines échéances de prolongation. Mais cette obligation ne suffit pas à garantir une compréhension. Un courrier peut être envoyé, puis ignoré. Un e-mail peut tomber dans les indésirables. Et un message générique peut ne pas expliquer clairement les conséquences concrètes.
C’est là que naît le sentiment d’être mis devant le fait accompli. Quand l’épargnant se rend compte du changement une fois qu’il est fait, il ne voit plus qu’un résultat : son argent est passé sur un support « par défaut », sans décision active de sa part.
Comment éviter le livret « par défaut » : reprendre la main avant la date anniversaire
La stratégie la plus simple consiste à se réapproprier l’information. Le point clé est la date d’ouverture du PEL. Elle conditionne tout : la durée maximale, le taux contractuel, les droits à prêt, et la fiscalité.
Ensuite, il faut réfléchir à l’objectif de cette épargne. Si l’argent doit rester disponible, un support de type livret réglementé (dans la limite des plafonds) peut être cohérent. Si l’objectif est à moyen ou long terme, certains se tournent vers des solutions plus diversifiées. Il n’y a pas de réponse universelle, car le bon choix dépend du besoin de liquidité, de la tolérance au risque, et de l’horizon de placement.
L’essentiel, c’est le timing. Une fois la transformation réalisée, vous pouvez toujours réorganiser votre épargne. Mais vous aurez subi, au moins un temps, le taux du livret ordinaire de la banque. Anticiper permet d’éviter cette période « entre deux » et de décider vous-même du support d’arrivée.
Ce que cette bascule dit de l’épargne en France : un modèle qui change
Le PEL a longtemps été un marqueur de la prudence à la française : un produit simple, garanti, tourné vers l’achat immobilier. Or, l’écosystème s’est déplacé. Les taux ont changé, la fiscalité s’est durcie sur certaines générations de PEL, et les ménages arbitrent davantage entre plusieurs solutions.
Les chiffres récents montrent aussi un autre phénomène : l’épargne réglementée reste centrale dans le patrimoine des Français. La Fédération bancaire française évoque 954,9 milliards d’euros d’épargne réglementée à la fin du T1 2025 (Livret A, LDDS, PEL, LEP, etc.), soit une part importante du patrimoine financier. Dans ce paysage, le PEL recule en nombre, mais reste un paquebot. Et quand un paquebot tourne, même légèrement, des millions de passagers le ressentent.
Que retenir ?
Non, votre argent ne « s’évapore » pas quand un PEL arrive au bout de sa vie réglementaire. En revanche, oui, il peut changer de support et perdre son cadre d’origine si vous ne faites rien. À partir du 1er mars 2026, les premiers PEL ouverts après le 1er mars 2011 atteignent leur limite de 15 ans.
Dans une période où chaque point de rémunération compte, laisser une bascule automatique décider à votre place n’est plus anodin. Le bon réflexe est donc simple : retrouver la date d’ouverture, vérifier les règles de votre génération de PEL, et choisir vous-même la destination de cette épargne.