Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Faits divers

Mort d’Émile : ses parents brisent trois ans de silence et dénoncent « de purs fantasmes »

Publié par Cassandre le 04 Mai 2026 à 17:03

Depuis la disparition de leur fils le 8 juillet 2023 au Haut-Vernet, Marie et Colomban Soleil n’avaient quasiment jamais pris la parole publiquement. Ce dimanche 3 mai 2026, ils ont choisi les colonnes du Journal du Dimanche pour rompre ce silence. Leur cible : un livre récemment publié sur l’enquête, les médias en général, et ce qu’ils qualifient de « purs fantasmes » relayés depuis trois ans autour de la mort de leur petit garçon.

Trois ans de silence avant cette prise de parole

Décès du petit Emile

Marie et Colomban Soleil ne sont pas du genre à s’exprimer devant les caméras. Depuis la disparition d’Émile, ils avaient seulement communiqué via une page Facebook dédiée à leur fils et un entretien accordé au magazine Famille Chrétienne. Pas de plateaux télé, pas d’interviews à répétition. Un choix assumé de retrait, alors que l’affaire Émile ne cessait de faire la une.

Le hameau du Haut-Vernet dans les Alpes-de-Haute-Provence

« C’est avec gravité que nous nous résignons à prendre la parole », écrivent-ils en préambule de leur tribune. Le mot « résignons » en dit long. Ce n’est pas un choix libérateur, c’est une nécessité qui leur pèse. Et ce qui les a poussés à bout, c’est d’abord un ouvrage bien précis.

Le livre qui a fait déborder le vase

L’ouvrage en question s’intitule Émile : les zones grises de l’enquête, signé par le journaliste Valentin Doyen et publié chez Fayard. Pour les parents d’Émile, ce n’est pas un livre d’investigation. C’est un livre qui « relaye partiellement — et en l’espèce partialement — la seule enquête en cours qui est judiciaire et secrète, et dont il ignore l’essentiel ».

Mais ce qui les scandalise par-dessus tout, c’est un passage des premières pages. L’auteur y établit un parallèle entre sa propre vie familiale et la disparition d’Émile, faisant de cette affaire « une affaire personnelle ». Les parents n’y vont pas par quatre chemins : ils dénoncent « une comparaison indécente entre ses souffrances et les nôtres ». Quand on a perdu un enfant de deux ans dans des circonstances toujours inexpliquées, la nuance est violente.

Le livre sur l'affaire Émile dénoncé par les parents

L’auteur, selon eux, « revendique avoir dû abîmer toute une famille au nom de la course au buzz ». Une phrase qui résume à elle seule le reproche central du couple : transformer un drame familial en produit médiatique. Mais le livre n’est que la partie émergée d’un problème bien plus large.

« Ceux qui ont violé le secret de l’instruction portent une responsabilité immense »

Au-delà de cet ouvrage, Marie et Colomban Soleil visent l’ensemble du traitement médiatique de l’affaire. Depuis trois ans, les fuites sur l’enquête se sont multipliées. Des détails de procédure, des pistes d’investigation, des éléments censés rester confidentiels se sont retrouvés dans la presse. Comme les fragments de ficelle retrouvés sur les ossements ou encore l’ADN inconnu sur les vêtements du garçonnet.

Le couple parle de « violation continue du secret de l’instruction » et adresse un avertissement sans ambiguïté : « Tout n’est pas justifiable par la liberté de la presse et la liberté de parole des uns et des autres. » Ils ajoutent que ceux qui ont « divulgué ou commenté » ces éléments confidentiels « portent une responsabilité immense ». Des mots lourds, choisis avec soin, qui ressemblent à un avertissement avant d’éventuelles poursuites judiciaires.

Ce que les parents expriment ici dépasse la simple colère. C’est l’épuisement de personnes qui voient leur drame intime disséqué, commenté, romancé — sans qu’aucune de ces publications n’ait permis d’avancer d’un centimètre vers la vérité. Et justement, où en est l’enquête ?

Plus de 100 prélèvements ADN : l’espoir d’un tournant

L’enquête sur la mort d’Émile est toujours entre les mains de la Section de Recherche de Marseille. Rappelons les faits : le petit garçon de deux ans et demi a disparu le 8 juillet 2023 alors qu’il se trouvait chez ses grands-parents au Haut-Vernet, un hameau isolé des Alpes-de-Haute-Provence. Son crâne a été retrouvé au printemps suivant par une promeneuse, à distance du village.

Depuis, l’enquête a connu plusieurs rebondissements. Dernier en date : une vaste campagne de prélèvements ADN lancée en février 2026. Ces tests, demandés par des avocats de la famille, ont été effectués sur des habitants du Haut-Vernet, des résidents des environs immédiats, mais aussi sur des personnes qui se trouvaient dans la zone autour de la date de la disparition — randonneurs, promeneurs, visiteurs occasionnels.

Plus de 100 prélèvements ADN ont été réalisés et sont désormais en cours d’analyse. Julien Pinelli, avocat de la grand-mère du petit Émile, a déclaré dans un communiqué : « Nous espérons que les prélèvements réalisés au cours de cette campagne, d’une rare envergure, permettront une avancée significative des investigations. » Une campagne qualifiée de « rare envergure » — ce qui en dit long sur l’ampleur du dispositif et, en creux, sur l’impasse dans laquelle se trouvait le dossier avant ces tests.

Un dossier qui résiste à tout

Trois ans après les faits, l’affaire Émile reste l’une des plus déroutantes de la chronique judiciaire française récente. La piste d’un tracteur a été relancée, des lieux agricoles se sont retrouvés au cœur de l’enquête, les traces ADN retrouvées sur le corps ont été remises en question par un expert. Chaque avancée semble ouvrir plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Le village du Haut-Vernet lui-même est devenu un personnage de cette affaire. Une voisine a affirmé dans Sept à Huit que d’autres enfants avaient déjà disparu dans le village. Une monitrice d’équitation a brisé le silence avec un témoignage troublant. Les grands-parents ont été confrontés à des témoins clés. Et pourtant, aucune mise en examen n’a été prononcée à ce jour.

Des objets saisis dans la cave des grands-parents, une hypothèse de conservation du corps dans un congélateur, un objet saisi chez un prêtre décédé… Les pistes s’accumulent sans qu’aucune ne débouche. C’est précisément ce vide qui alimente la machine médiatique que dénoncent les parents.

Quand le secret de l’instruction ne protège plus personne

La question posée par Marie et Colomban Soleil dépasse leur cas personnel. En France, le secret de l’instruction est inscrit dans le Code de procédure pénale. Il est censé protéger les personnes mises en cause — mais aussi les victimes et leurs familles. En théorie. En pratique, dans les affaires médiatiques, ce secret est devenu une passoire. Les conclusions des enquêteurs filtrent régulièrement dans la presse.

D’autres affaires similaires ont connu le même phénomène. L’affaire Grégory, la disparition de Lina, l’affaire Dupont de Ligonnès — à chaque fois, les fuites nourrissent les spéculations, et les spéculations nourrissent les livres, les émissions, les podcasts. Un cercle qui s’auto-alimente, souvent au détriment des familles.

Ce que les parents d’Émile rappellent avec force, c’est que derrière les « zones grises » et les « rebondissements », il y a un enfant mort de deux ans et demi. Et une famille qui attend des réponses — pas de la part des médias, mais de la justice. Les résultats de la campagne ADN pourraient, pour la première fois depuis trois ans, leur en apporter. Reste à savoir si la science réussira là où l’enquête de terrain a, jusqu’ici, échoué.

Rejoignez nos 875 726 abonnés en recevant notre newsletter gratuite

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *