Boire trop de lait augmenterait le risque de cette maladie, selon des études
En plein hiver, le verre de lait garde une image rassurante : simple, nourrissant, “bon pour les os”. Pourtant, la science nuance de plus en plus ce réflexe. Surtout quand la consommation de lait grimpe très haut au quotidien.
Plusieurs travaux, dont une grande étude suédoise récente, observent une association entre lait “non fermenté” (le lait à boire) et un risque accru de maladie coronarienne… Mais avec des résultats qui varient selon le sexe, les habitudes alimentaires et le type de produit laitier. Certains produits apportent d’ailleurs plus de calcium qu’un simple verre de lait.
Le lait “santé” : une évidence culturelle, pas toujours une évidence scientifique
Pendant des décennies, le lait a été présenté comme un aliment quasi universel : calcium, protéines, vitamines, tout semblait plaider pour. Cette place tient aussi à une réalité culturelle, particulièrement forte en Europe. Où le lait est devenu un symbole de croissance et de solidité.
Or, la recherche en nutrition avance rarement par certitudes définitives. Au fil des cohortes suivies sur des années, des signaux contradictoires apparaissent : certains travaux ne voient pas de lien clair entre produits laitiers et maladies cardiovasculaires, d’autres pointent des associations spécifiques à certains produits, et parfois à certaines populations.
Ce que les études observent (et ce qu’elles ne prouvent pas)
Un point doit rester clair : la plupart des données évoquées ici proviennent d’études observationnelles. Elles repèrent des corrélations, pas une causalité directe, car une multitude de facteurs peuvent influencer les résultats (activité physique, tabac, alimentation globale, niveau socio-économique, etc.). C’est aussi pour cela que les conclusions divergent d’un pays à l’autre.
Le signal qui revient : beaucoup de lait non fermenté, plus de risque coronarien (chez les femmes)
L’étude qui a relancé le débat fin 2024 a été publiée dans BMC Medicine par l’équipe du professeur Karl Michaëlsson (Université d’Uppsala). En suivant deux grandes cohortes suédoises, les chercheurs rapportent une association dose-réponse entre une forte consommation de lait non fermenté et le risque de cardiopathie ischémique (maladie coronarienne), avec un signal surtout visible chez les femmes.
Concrètement, à partir d’un certain niveau (autour de 300 ml/j et au-delà), le risque augmente progressivement dans leurs analyses chez les participantes. En revanche, le lait fermenté (type lait fermenté, yaourt à boire non sucré, etc.) n’est pas associé au même risque dans ce travail.
Pourquoi le sexe pourrait compter
La différence observée entre femmes et hommes n’est pas forcément intuitive. Les auteurs évoquent des pistes biologiques potentielles, en lien avec des protéines circulantes associées au métabolisme cardiométabolique (des marqueurs explorés dans l’étude). Mais la prudence reste de mise : un mécanisme n’est pas “prouvé” parce qu’il est plausible, et d’autres équipes devront confirmer.
Dans la communication de l’Université d’Uppsala, l’équipe insiste aussi sur l’idée de substitution : remplacer une partie du lait non fermenté par des produits fermentés pourrait être associé à une baisse de risque chez les femmes, selon leurs modèles. C’est intéressant, mais là encore, ce sont des estimations issues d’observation, pas un essai clinique.
Lait à boire vs yaourts et fromages : la fermentation change-t-elle vraiment la donne ?
On a tendance à parler des “produits laitiers” comme d’un bloc. Pourtant, sur le plan nutritionnel, un yaourt et un verre de lait ne se comportent pas pareil dans l’organisme : la fermentation modifie une partie des sucres, influence la matrice alimentaire, et apporte des ferments. Il est d’ailleurs possible de trouver le yaourt le plus sain directement en rayons.
Une méta-analyse publiée sur PubMed rapporte par exemple une association entre consommation de produits laitiers fermentés (notamment yaourt) et un risque cardiovasculaire plus faible, dans l’ensemble des études incluses. D’autres synthèses concluent plutôt à un effet neutre ou variable selon les types de produits, ce qui rappelle à quel point l’“effet laitier” dépend du détail.
Pourquoi le lait liquide est plus souvent “dans le viseur”
Le lait non fermenté est aussi celui qu’on peut boire en grande quantité sans s’en rendre compte : bol du matin, café latte, chocolat chaud, verre “pour les protéines”, etc. Dans les cohortes, c’est souvent sur ces gros volumes que des différences apparaissent, alors que les consommations “modérées” se mélangent davantage au bruit statistique. Il faut aussi noter que certains produits contiennent autant de sucre qu’un soda.
Autre élément : certains travaux se concentrent sur le lait en tant que boisson, quand d’autres regroupent lait, fromages et yaourts. Dès qu’on mélange tout, on perd une partie du signal, en bien comme en mal.
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Les mécanismes possibles : galactose, inflammation, oxydation… mais des débats ouverts
Dès 2014, une étude de cohorte publiée dans le BMJ avait déjà marqué les esprits en associant une forte consommation de lait à une mortalité plus élevée, avec des hypothèses autour du galactose (un produit de la digestion du lactose) et du stress oxydatif. Ces pistes ont été discutées, contestées, et restent loin d’un consensus. De nouvelles pistes explorent également le rôle du microbiome intestinal dans ces pathologies.
Plus récemment, l’étude suédoise de 2024 évoque d’autres voies métaboliques potentielles (dont des marqueurs liés à ACE2 et FGF21). Ce sont des éléments exploratoires, utiles pour guider la recherche, mais insuffisants pour conclure à “la cause” du phénomène.
Et si, au contraire, le lait protégeait le cœur ? Des résultats qui ne vont pas tous dans le même sens
Le sujet est plus complexe qu’un simple “lait = danger”. Dans la cohorte française NutriNet-Santé, par exemple, les consommations de produits laitiers ne sont pas associées à une hausse du risque de maladies cardiovasculaires ou coronariennes dans les analyses publiées.
À l’échelle internationale, une vaste analyse publiée dans Nature Communications observe plutôt des associations modestes allant vers une diminution du risque cardiovasculaire pour certains produits laitiers, notamment le fromage et des laits moins gras, selon les populations et les modèles retenus. Ce type de résultat rappelle qu’un même aliment peut s’inscrire dans des contextes alimentaires très différents d’un pays à l’autre.
La vraie question : à partir de quand devient-on “gros consommateur” ?
Dans la vie réelle, peu de gens boivent un litre de lait par jour. Pourtant, les “gros apports” peuvent être atteints sans y penser : café XXL au lait, céréales baignées, shaker, chocolat chaud, puis un verre au dîner. Certaines études parlent d’un seuil au-delà de 300 ml/j pour voir apparaître un signal chez les femmes, ce qui correspond à un peu plus d’un grand verre.
L’idée n’est pas de bannir le lait d’un coup. La piste la plus raisonnable, au vu de l’ensemble des travaux, consiste à éviter d’en faire une boisson “d’hydratation” quotidienne en grande quantité, surtout si d’autres facteurs de risque cardiovasculaire sont déjà présents.
Que faire concrètement : modération, variété, et un œil sur la qualité globale
Plutôt que de se focaliser sur un seul aliment, les cardiologues rappellent souvent que le risque cardiovasculaire se joue sur l’ensemble du mode de vie. Un régime de type méditerranéen est par exemple excellent pour votre coeur.
Si vous tenez à vos laitages, privilégier des produits fermentés nature et limiter les boissons lactées sucrées peut avoir du sens. Par ailleurs, diversifier les sources de calcium (eaux minérales riches en calcium, sardines, choux, amandes, légumineuses) permet d’éviter l’idée qu’un seul produit “doit” tout couvrir. Sur TDN, une diététicienne rappelait d’ailleurs que certains aliments apportent autant, voire plus, de calcium qu’un verre de lait.
Restez raisonnable
La question n’est plus “le lait est-il bon ou mauvais ?”, mais plutôt : quelle place lui donne-t-on, et sous quelle forme ? Les études les plus récentes pointent surtout le lait non fermenté consommé en grande quantité, avec un signal notable chez les femmes dans une cohorte suédoise, tandis que d’autres travaux trouvent un effet neutre, voire modestement favorable, selon le produit et le contexte alimentaire. Il ne faut pas oublier qu’un risque cardio-vasculaire peut aussi être lié à d’autres habitudes de vie.
Au fond, la recommandation la plus solide reste la plus simple : rester dans des apports raisonnables, ne pas transformer le lait en boisson principale, et regarder l’alimentation dans son ensemble. C’est moins spectaculaire qu’un “oui/non”, mais beaucoup plus fidèle à ce que la science dit aujourd’hui.
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