« C’est aussi sucré qu’un cola » : le Dr Jimmy Mohamed alerte sur la ginger beer
Elle envahit les cartes des bars branchés et les rayons des supermarchés. La ginger beer, avec son goût épicé et son image de boisson « naturelle », séduit de plus en plus de Français en quête d’alternatives à l’alcool. Mais derrière l’étiquette rassurante, le Dr Jimmy Mohamed tire la sonnette d’alarme : un simple grand verre peut contenir autant de sucre qu’un verre de cola. De quoi remettre en question bien des certitudes.
Une boisson qui cartonne aux apéros… mais que personne ne retourne
Originaire de Jamaïque, la ginger beer s’est imposée comme la boisson tendance des apéritifs sans alcool. Son goût puissant, légèrement piquant, en fait un choix prisé par ceux qui veulent trinquer sans consommer d’alcool. « Moi aussi, j’adore. Moi, je préfère la version sans alcool, qui est présentée comme une alternative à la bière », confie lui-même le Dr Jimmy Mohamed.
La version non alcoolisée, la plus vendue en France, repose sur une recette simple : eau gazeuse, extrait de gingembre, sucre et quelques arômes. « C’est vrai que c’est bon en bouche, je trouve ça très bien », reconnaît le médecin. Difficile de résister à cette effervescence dorée qui rappelle les tendances food du moment. Sauf qu’en retournant la bouteille pour lire l’étiquette, la surprise est de taille.
Entre 20 et 25 grammes de sucre par verre : le chiffre qui douche l’enthousiasme
C’est là que le verdict tombe. « La ginger beer, c’est souvent aussi sucré qu’un cola traditionnel. Vous allez avoir entre 8 et 10 grammes de sucre par 100 millilitres », alerte Jimmy Mohamed. Faites le calcul : un grand verre de 25 cl, c’est entre 20 et 25 grammes de sucre. L’Organisation mondiale de la santé recommande de ne pas dépasser 25 grammes de sucres ajoutés par jour. Un seul verre de ginger beer peut donc couvrir la totalité de ce quota.
Ce chiffre mérite d’autant plus d’attention que beaucoup de consommateurs choisissent cette boisson en pensant faire un choix santé. Ils remplacent la bière ou le vin par la ginger beer à l’apéritif, convaincus de réduire les risques liés à la consommation d’alcool. Si l’absence d’éthanol est un vrai avantage, la charge en sucre, elle, n’est pas anodine. Les boissons sucrées sont associées à de nombreux problèmes de santé, du diabète de type 2 aux troubles cardiovasculaires.

Pour les personnes qui surveillent leur glycémie ou leur poids, ce signe d’excès de sucre dans l’alimentation quotidienne peut passer totalement inaperçu. Et c’est bien là le piège : la ginger beer échappe à la méfiance réservée aux sodas classiques.
Pourquoi ce n’est quand même pas un cola comme les autres
Faut-il pour autant mettre la ginger beer dans la même catégorie que le Coca ? Jimmy Mohamed refuse ce raccourci. « On ne peut pas comparer un cola et une ginger beer. À sucre équivalent, le cola est un produit ultra-transformé. Ginger beer ? De l’eau gazeuse, un peu d’extrait de gingembre et du sucre. » La différence ne se joue pas uniquement sur le taux de sucre, mais sur la composition globale.
Un cola contient des colorants, des acidifiants puissants comme l’acide phosphorique, des arômes complexes et parfois de la caféine. Sa liste d’ingrédients est nettement plus longue. La ginger beer artisanale, elle, affiche souvent trois à cinq ingrédients maximum. Dans un contexte où les alertes sanitaires sur les aliments ultra-transformés se multiplient, cette distinction a son importance.
Cela dit, « moins transformé » ne signifie pas « sain ». Certains superaliments vantés pour leurs vertus cachent aussi des pièges quand on les consomme sous forme industrielle. Reste à savoir si le gingembre contenu dans cette boisson apporte réellement quelque chose.
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Vertus du gingembre : la promesse que la ginger beer ne tient pas
Le gingembre brut est reconnu depuis des siècles pour ses propriétés. Anti-nauséeux, anti-inflammatoire, facilitateur de digestion : la racine a fait l’objet de nombreuses études. C’est d’ailleurs en partie cette réputation qui donne à la ginger beer son aura de boisson bénéfique.

Sauf que dans un verre de ginger beer, la quantité de gingembre est « vraiment très faible », selon le Dr Mohamed. Trop faible pour espérer un quelconque effet digestif mesurable. « Le gingembre, ça peut aider pour la digestion, pour les nausées. Mais dans la ginger beer, souvent, la quantité est dérisoire. » Si vous cherchez les bienfaits du gingembre, mieux vaut consommer la racine fraîche râpée dans une boisson chaude recommandée par les spécialistes ou en infusion maison.
La différence entre la ginger beer et une véritable tisane de gingembre est comparable à celle entre un yaourt à boire sucré et un yaourt nature : le marketing fait tout le travail. L’emballage promet la santé, le contenu livre surtout du sucre.
Le verdict du médecin : avec modération et en lisant l’étiquette
Le Dr Mohamed ne condamne pas la ginger beer. Il la remet simplement à sa place : celle d’un plaisir ponctuel, pas d’une habitude quotidienne. « C’est une bonne boisson à consommer avec modération pour la quantité de sucre », résume-t-il. L’idée n’est pas de culpabiliser ceux qui en boivent, mais de casser l’illusion du choix 100 % vertueux.
Son conseil concret : « Il faut regarder la composition de la ginger beer que vous allez acheter. » Toutes les marques ne se valent pas. Certaines versions artisanales contiennent nettement moins de sucre que les références industrielles. D’autres ajoutent des édulcorants qui posent d’autres questions. Le réflexe, c’est de retourner la bouteille avant de la mettre dans le panier.
Pour ceux qui cherchent des alternatives à l’alcool réellement légères, une eau gazeuse avec un filet de citron et quelques tranches de gingembre frais reste l’option la moins sucrée. Moins glamour qu’une ginger beer en bouteille, certes, mais sans mauvaise surprise sur l’étiquette.
Ginger beer : les réflexes à adopter avant de trinquer
En résumé, la ginger beer n’est ni un poison ni un élixir de santé. Elle est moins transformée qu’un soda classique, mais tout aussi sucrée. Elle contient du gingembre, mais en quantité insuffisante pour en tirer un bénéfice réel. Et elle reste une meilleure option que l’alcool, à condition de ne pas en faire sa boisson quotidienne.
Trois réflexes simples avant d’acheter : vérifier le taux de sucre pour 100 ml (viser sous 5 g si possible), compter le nombre d’ingrédients sur l’étiquette, et ne pas dépasser un verre par occasion. Ce lien entre sucre et santé mentale ou espérance de vie est aujourd’hui trop documenté pour être ignoré. Comme le conclut Jimmy Mohamed : « De temps à autre, ça peut être bon. » Le mot-clé, c’est « de temps à autre ».
