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Cette machine médicale très utilisée pourrait augmenter le risque de cancer

Publié par Killian Ravon le 22 Fév 2026 à 17:30

Le scanner médical est devenu un réflexe à l’hôpital. En quelques minutes, il aide à repérer une hémorragie, une fracture complexe ou une tumeur. Et il oriente souvent la décision qui sauve une vie. Mais depuis quelques mois. Une série de travaux relance une question sensible : à force d’examen. L’addition de rayonnements pourrait-elle, à l’échelle d’une population, provoquer “une poignée” de cancers supplémentaires dans les décennies à venir ?

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Patiente allongée dans un scanner médical, pendant qu’un manipulateur règle l’examen dans une salle d’imagerie moderne.
Scanner médical : un examen clé pour diagnostiquer vite, avec des doses de rayons X surveillées et optimisées par les équipes.

Derrière les titres, le message des scientifiques est plus nuancé qu’il n’y paraît. Il ne s’agit pas d’un danger immédiat, ni d’un appel à fuir l’imagerie. L’alerte vise surtout la répétition, l’usage parfois trop automatique, et la nécessité d’ajuster les doses au plus juste.

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Une étude qui remet des chiffres sur un risque longtemps jugé “faible”

Pendant des années, le débat restait abstrait pour le grand public. Une dose “petite”, un risque “très faible”. Et une balance bénéfice-risque largement favorable quand l’examen est justifié. Ce qui change aujourd’hui. C’est l’ampleur des volumes et la tentative de quantifier l’impact cumulé sur toute une année de pratique.

Dans JAMA Internal Medicine, des chercheurs ont modélisé les conséquences potentielles des scanners réalisés aux États-Unis en 2023. Leur estimation ? Environ 93 millions d’examens pratiqués sur 62 millions de patients. Pouvant se traduire, sur la durée de vie des personnes exposées. Par approximativement 103 000 cancers “futurs” attribuables à ces expositions. Un diagnostic précis, par exemple pour le pancréas, reste pourtant essentiel.

Pris individuellement, ce calcul ne signifie pas qu’un scanner “donne” un cancer. Le modèle parle de probabilités, et donc de statistiques. Le risque par examen reste faible, mais il devient visible quand on multiplie par des dizaines de millions d’actes. C’est précisément ce changement d’échelle qui nourrit l’inquiétude.

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Les machines récentes intègrent des protocoles et reconstructions visant à réduire la dose. Crédit : Obynel.

Pourquoi certains parlent d’un possible “facteur de risque du siècle”

L’expression frappe, mais elle s’appuie sur une projection qui interpelle. Si les pratiques d’utilisation. Et les niveaux de dose restaient comparables, les cancers associés aux scanners pourraient, à terme, représenter jusqu’à 5 % des nouveaux diagnostics annuels dans ce modèle. On n’est plus dans l’anecdote, mais dans un sujet de santé publique, au même titre que d’autres facteurs de risque plus familiers, comme la viande rouge ou une mauvaise alimentation.

Des institutions et médias scientifiques qui ont relayé l’étude insistent toutefois sur l’idée centrale : ce n’est pas l’existence du scanner médical qui pose problème. Le cœur du débat, c’est son sur-usage potentiel, notamment quand l’examen est prescrit “par précaution” alors qu’une stratégie alternative ou une observation clinique suffiraient.

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L’accès au scanner s’élargit, ce qui pose aussi la question d’éviter les examens redondants. Crédit : X Ray Doors.

Scanner médical et rayons X : ce que dit vraiment la science sur l’exposition

Un scanner fonctionne avec des rayons X, donc des radiations ionisantes. Ces rayonnements peuvent, à certains niveaux, endommager l’ADN. La plupart du temps, l’organisme répare. Mais le risque théorique est qu’une réparation imparfaite contribue à une mutation pouvant, des années plus tard, participer à un cancer. Ce mécanisme est connu, même si la part exacte attribuable à un examen isolé est difficile à mesurer dans la vraie vie.

La question devient plus sensible chez les enfants et les adolescents. Leur organisme est en croissance, et leur espérance de vie plus longue laisse davantage de temps pour qu’un éventuel effet tardif se manifeste. Dans le modèle de JAMA Internal Medicine, le risque par examen est plus élevé chez les plus jeunes, même si la majorité des cancers projetés au total concerne les adultes, simplement parce qu’ils passent plus de scanners.

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Autre point souvent mal compris : tous les scanners ne se valent pas. La dose dépend de la zone explorée, de la machine, du protocole, de la corpulence, et de la question clinique. Deux patients peuvent donc vivre un examen “identique” en apparence, mais avec des niveaux d’exposition différents.

Le vrai enjeu : la répétition et l’effet “cumulatif”

Un scanner dans une vie, prescrit pour une urgence ou un diagnostic important, a toutes les chances d’être un choix pertinent. Là où les chercheurs demandent davantage de vigilance, c’est quand les examens s’accumulent : suivi de maladie chronique, explorations répétées, bilans multipliés entre établissements, ou absence d’accès à l’imagerie déjà réalisée ailleurs.

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L’étude met aussi en lumière un effet de “banalisation”. Quand une technologie devient très disponible, rapide, et extrêmement informative, la tentation est forte d’y recourir plus vite, parfois avant d’avoir épuisé d’autres étapes. Les auteurs, comme plusieurs commentateurs médicaux, plaident donc pour une meilleure justification des prescriptions et une optimisation systématique des doses.

Derrière l’examen “rapide”, il y a une logistique lourde… et des choix de protocoles essentiels. Crédit : Poudou99.

Ce que changent (déjà) les radiologues : moins de dose, mieux ciblée

Dire “attention au scanner médical” ne revient pas à dire “stop”. Dans les hôpitaux, la réduction de dose est un sujet de travail continu : protocoles ajustés, reconstructions d’images plus performantes, meilleure adaptation à la morphologie, et contrôle de la longueur réellement scannée.

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Le principe derrière ces efforts est bien connu en radioprotection : obtenir l’information nécessaire avec l’exposition la plus faible raisonnablement possible. Concrètement, cela signifie parfois de renoncer à une précision “maximale” si elle n’apporte rien à la décision médicale, ou de choisir une autre modalité quand elle répond à la question.

L’évolution technologique joue aussi. Les fabricants mettent en avant des solutions “low dose”, et la recherche s’intéresse à des approches d’amélioration d’image permettant de maintenir une qualité diagnostique avec moins de rayonnements. Sur ce point, des revues récentes décrivent notamment comment des méthodes d’intelligence artificielle peuvent aider à réduire le bruit d’image en contexte de faible dose, même si l’implémentation clinique dépend des centres et des validations.

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Scanner ou alternative : IRM et échographie, pas toujours interchangeables

Dans l’idéal, on pourrait éviter les rayons X chaque fois que possible. Dans la pratique, l’IRM et l’échographie ne remplacent pas systématiquement un scanner : accessibilité, durée, qualité sur certaines structures, contraintes d’urgence, contre-indications, tout compte.

Pour un accident vasculaire cérébral suspecté, un traumatisme, ou une hémorragie interne, le scanner reste souvent l’examen le plus rapide pour trancher. À l’inverse, pour certaines explorations non urgentes, une IRM peut être privilégiée si elle répond à la même question clinique. Le “bon examen” dépend donc du contexte, pas d’un principe général.

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Ce que les patients peuvent faire sans tomber dans l’angoisse

Le message le plus important, et le plus simple, est aussi le plus difficile à faire passer : il ne faut pas refuser un scanner médical nécessaire. Dans la majorité des situations, le bénéfice est immédiat, concret, et bien supérieur au risque théorique à long terme. Comme pour un mal au ventre persistant chez un enfant, l’imagerie peut sauver une vie.

En revanche, rien n’empêche de poser deux ou trois questions factuelles, surtout si l’examen n’est pas urgent. Demander si le scanner est indispensable, si une alternative sans rayonnements existe, ou si l’imagerie précédente a été consultée peut éviter des doublons. Cette discussion est d’autant plus utile pour les enfants, les patients jeunes, et ceux qui ont déjà un long historique d’imagerie.

Pour les soignants, l’enjeu est similaire : garder la main sur la pertinence des actes. Les auteurs de l’étude, comme des institutions qui l’ont commentée, estiment qu’une baisse du nombre d’examens non nécessaires et une baisse des doses par examen auraient un effet mesurable en santé publique.

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Un débat médical “sensible”, parce qu’il touche à la confiance

Parler de risque de cancer associé aux scanners, c’est toucher à un point fragile : la confiance dans un outil perçu comme protecteur. Or la nuance est essentielle pour éviter deux écueils opposés : banaliser totalement les expositions, ou au contraire susciter une peur qui retarde des diagnostics, comme on peut parfois le voir avec la consommation d’alcool et ses risques associés.

Ce débat rappelle surtout une réalité de la médecine moderne : toute technologie puissante a un coût et doit être utilisée à bon escient. Le scanner médical reste un allié majeur, mais il oblige à une discipline collective, pour que son efficacité ne se transforme pas, au fil des années, en problème silencieux.

Que retenir ?

Le scanner médical n’est pas “la machine qui donne le cancer”. Les données récentes décrivent plutôt un risque statistique faible à l’échelle individuelle, mais potentiellement significatif à l’échelle de millions d’examens, surtout quand ils se répètent sans bénéfice clair. La bonne réponse n’est donc pas la peur, mais la précision : des prescriptions mieux justifiées, des doses optimisées, et une meilleure coordination pour éviter les doublons.

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