Aldi sur le départ ? La vérité sur l’avenir de ses magasins en France
Depuis quelques jours, une simple hypothèse suffit à électriser la grande distribution. Un géant discret, des rayons bien connus des Français, et une question qui revient en boucle : l’enseigne serait-elle prête à tourner la page après près de quatre décennies dans l’Hexagone ?
Le sujet est explosif, car il touche à tout : l’emploi, les prix, le pouvoir d’achat et l’équilibre déjà fragile entre les grands acteurs. Et, derrière cette rumeur, c’est surtout un constat plus profond qui refait surface : en France, même les champions du discount peuvent trébucher.
Pourquoi un départ d’Aldi ferait trembler tout le secteur
Dans l’imaginaire collectif, le discount paraît indéboulonnable. L’inflation a poussé une partie des ménages à arbitrer davantage, et les enseignes à bas prix ont capté une attention nouvelle. Pourtant, le marché français reste l’un des plus durs d’Europe. Il combine une concurrence féroce, des consommateurs exigeants et une guerre des promotions quasi permanente.
Aldi, en France, n’est pas un petit joueur sur la carte. L’enseigne revendique environ 1 300 magasins et un réseau maillé sur une grande partie du territoire. Elle emploie aussi des milliers de salariés, avec des conséquences sociales immédiates si un scénario de rupture devait se confirmer.
Ce qui alimente la tension, c’est l’idée qu’un départ ne serait pas un simple “repli”. Il ouvrirait mécaniquement une bataille de reprises, magasin par magasin, zone par zone. Et, dans un pays où l’Autorité de la concurrence surveille de près chaque rapprochement, le feuilleton pourrait devenir politique.
Une performance qui reste loin des ambitions affichées
Aldi s’est installé en France à la fin des années 1980. L’enseigne a grandi, mais sans jamais atteindre le rang des leaders. Selon des chiffres de panels repris par la presse spécialisée, Aldi reste autour de 3 % de parts de marché, très loin de Lidl, souvent cité autour de 8 % sur les mêmes périodes.
Cette distance n’est pas qu’un détail statistique. Elle pèse sur le modèle économique. En clair, plus la part de marché est faible, plus il est difficile d’amortir les coûts logistiques, la modernisation des magasins, et les investissements publicitaires nécessaires pour exister face aux géants.
D’autant que le discount a changé de visage. Lidl, longtemps catalogué “hard-discount”, a fait évoluer son concept, multipliant les gammes, les marques nationales et les magasins modernisés. Résultat : Aldi se retrouve coincé entre deux attentes françaises, le prix et la “preuve” de qualité.
Le tournant Leader Price, accélérateur… puis casse-tête
L’épisode qui revient dans toutes les analyses, c’est Leader Price. En 2020, le groupe Casino a signé un accord avec Aldi pour céder 3 entrepôts et 567 magasins du périmètre Leader Price en France métropolitaine, pour une valeur d’entreprise annoncée à 735 millions d’euros.
Sur le papier, l’opération avait une logique implacable : gagner du terrain vite, grossir, et franchir un cap de parts de marché. L’idée était aussi de profiter d’emplacements déjà identifiés, souvent urbains ou périurbains, là où l’ouverture d’un magasin peut prendre des années.
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Mais, sur le terrain, la greffe a parfois été rude. Des observateurs du secteur racontent que certains clients de Leader Price ont pu être déstabilisés par un assortiment plus resserré, et par une promesse différente. Or, dans la distribution alimentaire, quelques habitudes perdues suffisent à faire chuter un magasin.
L’Autorité de la concurrence, elle, a encadré l’opération. En novembre 2020, elle a autorisé l’acquisition d’un large bloc de magasins, sous conditions, avec des cessions prévues dans certaines zones pour limiter l’impact sur la concurrence locale.
Les signaux financiers qui ont mis le feu aux poudres
C’est là que la rumeur trouve son carburant. Plusieurs médias ont relayé des estimations de pertes cumulées très lourdes sur la période récente, avec l’idée qu’Aldi France aurait coûté plus d’un milliard d’euros sur quelques exercices. Certaines analyses évoquent aussi un renflouement majeur fin 2023 par la maison mère.
Dans ce contexte, chaque indice devient scruté. Les experts rappellent qu’une enseigne peut investir massivement, rénover, communiquer, améliorer son offre, et malgré tout rester en difficulté si la fréquentation ne décolle pas assez vite. C’est souvent là que naissent les scénarios de “restructuration” ou de “repositionnement”.
Et une question se pose, presque mécaniquement : si le groupe devait un jour se désengager, qui pourrait reprendre ? Des noms circulent, comme Lidl, Carrefour, ou d’autres acteurs cherchant des emplacements. Mais une reprise de cette ampleur serait un puzzle juridique et concurrentiel.
Alors, vrai ou faux : Aldi va-t-il quitter la France ?
C’est ici que le dossier se clarifie. L’information à l’origine de la tempête vient du média La Lettre, qui affirme qu’Aldi aurait demandé à la Deutsche Bank d’étudier un scénario de cession de sa filiale française. Autrement dit, on parle d’un travail d’options, pas d’une annonce publique de fermeture généralisée.
Surtout, Aldi dément formellement tout projet de retrait. Sollicitée, la maison mère Aldi Nord a expliqué à l’AFP que les informations sur “une éventuelle vente” sont fausses, et affirme rester engagée “à long terme” sur le marché français. Elle qualifie ces rumeurs de “spéculations” et assure qu’aucun processus de vente n’est en cours.
Donc, à la question “Aldi va-t-il quitter la France et ses 1 300 magasins ?”, la réponse factuelle, aujourd’hui, est : faux, dans le sens où aucun départ n’est annoncé et l’enseigne le nie. En revanche, vrai si l’on parle de l’existence de scénarios étudiés en coulisses, comme cela peut arriver dans de grands groupes sous pression.
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Un dernier élément rappelle pourquoi ce sujet reste crédible pour beaucoup : Aldi a déjà quitté un pays. Fin 2022, le groupe a confirmé son retrait complet du Danemark, avec des magasins cédés à des concurrents, afin de se concentrer sur des marchés jugés plus porteurs.
Ce que cette rumeur dit vraiment du modèle discount en France
Au fond, le débat dépasse Aldi. Il raconte un basculement : les Français veulent des prix bas, mais pas “au rabais”. Ils veulent de la proximité, mais aussi du choix. Ils veulent la simplicité, sans renoncer à certains repères de qualité. Et dans ce jeu-là, chaque enseigne doit constamment réinventer son équilibre.
Aldi, lui, a engagé des transformations depuis plusieurs années : modernisation du parc, développement de certains rayons, mise en avant de l’origine, et communication plus massive. Reste la question centrale : cela suffira-t-il à combler l’écart avec les leaders, dans un marché où les positions bougent lentement ?
Pour les clients, la conclusion est simple : aucun magasin ne “ferme parce qu’Aldi quitte la France” à ce stade. Pour le secteur, en revanche, l’alerte est réelle : la rentabilité, plus que la notoriété, décide toujours du destin d’une enseigne.
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