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En Algérie, le plein de diesel coûte 8 euros : comment est-ce encore possible ?

Publié par Mathieu le 10 Avr 2026 à 6:34

Pendant que les automobilistes français encaissent des hausses à répétition à la pompe, de l’autre côté de la Méditerranée, remplir un réservoir de 50 litres coûte le prix d’une pizza. En Algérie, le litre de diesel est fixé à environ 20 centimes d’euro, et celui d’essence à 30 centimes. Et la guerre au Moyen-Orient n’y a strictement rien changé. Alors forcément, on a voulu comprendre.

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L'Algérie coûte 9 milliards d'euros à la France chaque année, selon Sarah Knafo

Un plein de SUV pour 8 euros : les Algériens témoignent

Automobiliste algérien faisant le plein de diesel à Sétif

Abderrahmane vit à Sétif, dans le Nord-Est de l’Algérie. Son dernier plein de diesel pour son SUV de 50 litres lui a coûté 1 500 dinars. Soit environ 8 euros. Huit euros. Le genre de somme qu’un automobiliste français dépense pour un quart de réservoir en ce moment. « En réalité, ici, il n’y a aucune augmentation des prix, ni sur les carburants, ni sur d’autres produits, comme s’il n’y avait pas de guerre. On est tranquille », raconte-t-il.

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À Alger, Mahdi roule à l’essence. Son dernier passage à la pompe ? 1 200 dinars. Même pas 5 euros. Il compare cette somme au prix « d’une pizza » ou « d’un tacos ». Et il ne s’en cache pas : il se dit « heureux » et éprouve « de la compassion pour la population européenne en difficulté avec les hausses des prix des carburants ».

Le contraste est vertigineux. En France, le diesel a pris environ 50 centimes au litre depuis le début du conflit au Moyen-Orient. L’essence, entre 30 et 40 centimes. Des chiffres qui pèsent lourd sur le budget des ménages, surtout pour ceux qui n’ont pas d’alternative à la voiture. Le gouvernement français peine à agir face à la pression, et les tensions géopolitiques ne laissent entrevoir aucune accalmie rapide.

Des prix gelés depuis des années grâce aux subventions massives

Station-service en Algérie avec des voitures en file
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Comment l’Algérie fait-elle pour maintenir des prix aussi bas ? La réponse tient en un mot : subventions. Le pays, sixième producteur africain de pétrole et acteur majeur du gaz naturel, a fait le choix politique de protéger le pouvoir d’achat de sa population en fixant les tarifs des carburants bien en dessous des cours mondiaux.

L’économiste algérien Abderrahmane Mebtoul, spécialiste des politiques énergétiques, détaille le mécanisme : « L’Algérie subventionne à la fois, bien entendu, toute l’énergie, mais aussi le pain, les écoles, les universités, etc. » C’est un système global de soutien à la consommation, pas un simple coup de pouce ponctuel sur le carburant.

Et les chiffres donnent le vertige. La loi de finances 2026 prévoit 657 milliards de dinars consacrés aux subventions des produits de large consommation, dont les carburants. Soit environ cinq milliards d’euros. Un effort colossal qui permet de maintenir les tarifs à un niveau quasi symbolique pour les habitants. Pendant ce temps, en France, les taxes sur le carburant représentent une part considérable du prix final à la pompe.

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Une politique liée au niveau de vie, pas seulement au pétrole

Il serait tentant de réduire cette situation à une simple histoire de pays producteur de pétrole qui se sert au passage. La réalité est plus nuancée. Abderrahmane Mebtoul apporte une précision essentielle : « Cela est aussi lié à la politique salariale, car le revenu global de l’Algérien moyen représente environ 20 % de celui d’un Européen. »

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Autrement dit, même à 20 centimes le litre, le carburant pèse dans le budget d’un ménage algérien dont les revenus sont bien inférieurs aux standards européens. Les subventions ne sont pas un luxe mais une nécessité sociale. Sans elles, une grande partie de la population ne pourrait tout simplement pas se déplacer au quotidien. Le décalage avec le reste de l’Europe ne se résume donc pas qu’au prix affiché : il faut aussi regarder les salaires.

Mais ce système a ses limites. L’économiste pointe « le gaspillage et la surconsommation » qui en découlent. Quand l’essence coûte moins cher qu’une bouteille d’eau, la tentation est grande de ne pas compter. Et cela empêche, selon lui, de « déterminer exactement la structure des coûts » réels de l’énergie dans le pays.

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Un ajustement timide en janvier 2026, le premier depuis six ans

Billets de dinars algériens sur un tableau de bord de voiture
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Selon plusieurs médias algériens, le dernier ajustement des prix des carburants remonte au 1er janvier 2026. C’est la première révision depuis six ans. Six ans sans toucher aux tarifs, alors que le monde entier a vu les cours de l’énergie exploser et retomber à plusieurs reprises. L’ajustement est resté très limité, sans commune mesure avec la flambée observée à l’international.

Pour comparaison, en France, les prix bougent chaque semaine. Les automobilistes français scrutent les applications de comparaison de prix, cherchent les stations TotalEnergies aux prix plafonnés, voire traversent la frontière pour faire le plein moins cher dans un pays voisin. Un quotidien bien loin de la sérénité décrite par les automobilistes algériens.

Certaines stations françaises sont même à sec, victimes de mouvements de panique ou de blocages logistiques. Un scénario impensable de l’autre côté de la Méditerranée.

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Pendant ce temps, l’Algérie profite de la crise à l’export

Navire méthanier quittant un port algérien au coucher du soleil

Le paradoxe est saisissant. Alors que l’Algérie protège ses citoyens de la hausse mondiale, elle tire aussi profit de cette même hausse sur les marchés internationaux. Les tensions autour du détroit d’Ormuz et la guerre en Iran poussent les cours mondiaux du pétrole et du gaz vers le haut. Et l’Algérie, en tant que grand exportateur, en bénéficie directement.

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Les chiffres sont parlants : en mars 2026, les exportations algériennes de GNL (gaz naturel liquéfié) ont progressé de 41 % sur un mois, selon la plateforme Energy Research Unit basée à Washington. La crise énergétique mondiale ouvre des débouchés massifs à l’export pour les pays producteurs.

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L’Algérie joue donc sur deux tableaux. D’un côté, elle maintient des prix dérisoires en interne grâce à des subventions massives financées par la manne pétrolière et gazière. De l’autre, elle vend son énergie au prix fort sur les marchés mondiaux, ce qui alimente les caisses de l’État et permet… de financer ces mêmes subventions. Un cercle qui fonctionne tant que les cours restent élevés et que la production suit.

Un modèle difficilement reproductible en France

Alors, la France pourrait-elle s’inspirer du modèle algérien ? Sur le papier, l’idée fait rêver. Mais dans les faits, c’est quasiment impossible. La France n’est pas un pays producteur de pétrole. Elle importe la quasi-totalité de ses hydrocarbures et ne dispose pas de la marge de manœuvre d’un État assis sur d’immenses réserves de gaz et de pétrole.

Les mesures annoncées par le gouvernement pour soulager les grands rouleurs restent bien timides face à l’ampleur de la crise. Et quand Leclerc reconnaît ne pas pouvoir tenir ses promesses sur les prix, on mesure l’impuissance des acteurs économiques face à un marché mondial sous tension.

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La crise énergétique actuelle pourrait même s’aggraver si le conflit au Moyen-Orient s’étend. Certains experts évoquent déjà des scénarios de hausse de 15 centimes supplémentaires en 2027. De quoi donner encore plus envie de regarder avec envie de l’autre côté de la Méditerranée, là où le plein coûte moins cher qu’un kebab.

En attendant, les automobilistes français n’ont pas d’autre choix que de s’adapter. Certains optent pour un boîtier E85 pour diviser leur budget, d’autres adoptent des gestes simples à la pompe pour grappiller quelques euros. Mais aucune de ces solutions ne rivalise avec un litre de diesel à 20 centimes. L’Algérie, elle, roule tranquille.

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