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Mort d’Émile au Vernet : une voisine affirme que d’autres enfants avaient déjà disparu dans le village

Publié par Elsa Fanjul le 13 Avr 2026 à 11:03

Dans un reportage exclusif diffusé ce dimanche 12 avril 2026 sur TF1, l’émission Sept à huit est revenue sur la disparition et la mort du petit Émile. Parmi les témoignages recueillis, celui de Danielle Ghuigon, voisine et amie de la famille Vedovini, a particulièrement marqué les esprits. L’habitante du Haut-Vernet affirme que d’autres enfants ont déjà disparu dans ce minuscule hameau des Alpes-de-Haute-Provence — avant d’être finalement retrouvés. Émile, lui, ne l’a jamais été vivant.

Une matinée ordinaire au pied de la montagne

Danielle Ghuigon connaît bien la famille Vedovini. Elle les voit arriver chaque année à la même période dans leur maison de famille, nichée dans ce hameau isolé situé au pied de la montagne de l’Ubac. Ce jour-là, rien ne sort de l’ordinaire. « J’ai vu le petit Émile le matin avec ses oncles et ses tantes qui étaient descendus en bas du village. Ils venaient nettoyer l’église. Il y avait les grands, les petits… Tout avait l’air normal », retrace-t-elle devant les caméras de TF1.

Julien Pinelli, avocat d’Anne Vedovini, grand-mère d’Émile, décrit la même scène paisible. L’enfant de 2 ans et demi est entouré de ses grands-parents, de plusieurs oncles et tantes. « On l’entoure, évidemment, comme le petit dernier », précise-t-il. Une journée de retrouvailles familiales dans une maison qu’on remet en route pour la saison. Anne prépare le repas du soir en cuisine. Philippe et ses enfants s’affairent dans la remise.

Personne ne s’inquiète vraiment. Au Vernet, les enfants ont l’habitude de se promener librement entre les ruelles, les cours et les chemins de terre. Ce mode de vie rural, où chacun se connaît et où les portes restent ouvertes, explique en partie pourquoi les premières heures de la disparition n’ont pas immédiatement déclenché la panique. Mais c’est aussi ce qui rend le témoignage de Danielle Ghuigon si troublant.

« On avait déjà perdu des enfants ici »

La phrase tombe sans détour. Face aux journalistes de Sept à huit, la voisine des Vedovini évoque des précédents. « Au début, je me suis dit que le petit était parti et qu’on allait le retrouver parce qu’on avait déjà perdu des enfants ici. Mais on les avait toujours retrouvés. » Le mot « toujours » résonne comme un gouffre. Toujours — sauf cette fois.

Vue aérienne du hameau isolé du Haut-Vernet dans les Alpes

Danielle Ghuigon ne donne pas davantage de détails sur ces disparitions antérieures : ni noms, ni dates, ni circonstances. Impossible de savoir s’il s’agit d’enfants qui se sont égarés dans les chemins escarpés entourant le hameau, qui se sont cachés dans une grange ou qui ont fugué le temps d’une après-midi. Mais son témoignage éclaire un fait que les habitants du Vernet semblent considérer comme banal : dans un village de montagne aussi isolé, un enfant peut disparaître de la vue des adultes en quelques secondes.

Ce contexte est précisément celui sur lequel s’appuient les avocats des grands-parents d’Émile. Isabelle Colombani, avocate de Philippe Vedovini, décrit une « inquiétude raisonnable » dans les premières minutes. « On pense que l’enfant est soit dans la maison, soit dans la petite cour. » Pas de panique. Pas encore. Juste l’habitude d’un village où les gamins courent entre les murs de pierre, et où on finit toujours par les retrouver.

Sauf que les minutes passent. Et l’enfant ne réapparaît pas. L’inquiétude, elle, monte d’un cran très particulier.

Le moment où tout bascule

La mère d’Émile pense que son fils est avec « le grand-père et ses oncles et tantes ». Le père, lui, l’imagine « dans la maison avec sa grand-mère ». Un quiproquo classique dans les grandes réunions familiales, où chacun suppose que quelqu’un d’autre surveille l’enfant. Quand ils confrontent leurs versions, le vide apparaît : Émile n’est avec personne.

La famille fouille alors chaque recoin de la maison. « On a cherché sous les lits, dans les endroits où il pouvait s’amuser », raconte Isabelle Colombani. Puis le périmètre s’élargit aux alentours. « Très vite, on a peur parce qu’on était quand même dans un village de montagne. Un enfant aussi jeune peut tomber, se blesser. » L’alerte est finalement donnée à 18h12.

À partir de cet instant, le Haut-Vernet bascule de la carte postale au fait divers. Des centaines de gendarmes, des chiens pisteurs, des hélicoptères ratissent les environs pendant des jours. Le maire du Vernet est projeté sous les projecteurs. Le hameau, qui comptait à peine quelques dizaines d’habitants permanents, devient le centre de l’attention médiatique nationale. Et derrière cette attention, une question lancinante : que s’est-il réellement passé entre le moment où Émile a été vu pour la dernière fois et l’appel aux secours ?

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Une enquête qui a laissé des traces profondes

Le reportage de Sept à huit ne se contente pas de revenir sur la chronologie des faits. Il met en lumière les dégâts collatéraux de l’enquête. Un jeune agriculteur, soupçonné dans les premières semaines de l’affaire, témoigne pour la première fois de son traumatisme. Pointé du doigt sans preuve, il n’a jamais vraiment retrouvé sa tranquillité dans un village où tout le monde se connaît.

Un autre homme, présent au Vernet le jour de la disparition, décrit pour la première fois les conditions de la reconstitution judiciaire, selon les informations publiées par La Provence. Les grands-parents face aux témoins, les questions répétées, l’atmosphère pesante : l’exercice a manifestement marqué tous ceux qui y ont participé.

Ruelle en pierre typique du village du Vernet

Quant à Philippe Vedovini, grand-père d’Émile, il a récemment été placé en garde à vue avant d’être relâché sans poursuites. Des écoutes téléphoniques obtenues par les enquêteurs suggéreraient des comportements violents passés envers ses propres enfants. Des éléments qui alimentent les soupçons sans apporter de certitude. L’enquête, trois ans après les faits, reste ouverte et active.

La lésion crânienne qui interroge

L’un des éléments les plus troublants de l’affaire concerne l’état des restes d’Émile lorsqu’ils ont été retrouvés. Dans l’émission C à vous, Damien Delseny, chef du service police du Parisien, a évoqué une lésion découverte sur le crâne de l’enfant. Une expertise a permis d’en préciser la nature, même si les conclusions complètes n’ont pas été rendues publiques.

Cette lésion sur la boîte crânienne pose la question centrale : Émile est-il mort d’un accident — une chute dans ce terrain escarpé — ou d’un acte criminel ? Les grands-parents ont demandé des examens complémentaires, soucieux selon leurs avocats d’établir la vérité. De leur côté, les enquêteurs continuent d’explorer plusieurs pistes, y compris celles impliquant des lieux agricoles autour du hameau.

Des prélèvements ADN restent encore à analyser. Des objets saisis dans la cave des grands-parents ont relancé l’enquête ces derniers mois. Chaque nouvel élément déplace les lignes sans jamais les fixer définitivement.

Un village où la mémoire pèse lourd

Le témoignage de Danielle Ghuigon dépasse la simple anecdote. En évoquant ces enfants « déjà perdus » au Vernet, elle dresse le portrait d’un lieu où la frontière entre la vie paisible et le danger est plus mince qu’on ne l’imagine. Un village de montagne, quelques maisons accrochées à la pente, des chemins qui mènent vers des ravins, des ruisseaux, des bois denses. Un endroit où la liberté des enfants est une évidence — et parfois un risque.

Pour les enquêteurs, cette information n’est probablement pas nouvelle. Mais pour le public qui suit l’affaire depuis trois ans, elle change la perspective. Si d’autres enfants se sont égarés au Vernet par le passé, la disparition d’Émile n’est peut-être pas aussi inexplicable qu’elle en a l’air. Ce qui reste inexplicable, c’est qu’on ne l’ait jamais retrouvé vivant.

L’affaire Émile rappelle d’autres disparitions d’enfants qui continuent de hanter les familles et les enquêteurs pendant des années. Comme dans l’affaire Mathis Jouanneau, où le père est jugé pour meurtre quinze ans après les faits, la vérité judiciaire met parfois une éternité à émerger. Au Vernet, les habitants attendent toujours. Le maire du village en a fait les frais politiquement. Les grands-parents sont revenus au Haut-Vernet, comme pour signifier qu’ils n’ont rien à cacher.

Reste cette phrase de Danielle Ghuigon, qui résume à elle seule le drame : « On les avait toujours retrouvés. » Trois ans après, la famille d’Émile, elle, attend encore des réponses.

Équipes de recherche déployées autour du Vernet après la disparition

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