Dans les comptes de Béatrice, comptable à Nantes à 2 750 € nets par mois
Béatrice, 41 ans, comptable dans un cabinet d’expertise à Nantes, touche 2 750 € nets par mois. Ni riche ni dans le rouge, elle incarne ce fameux « entre-deux » de la classe moyenne française — celui où on gère, on arbitre, on reporte. Voici comment elle répartit chaque euro.

Des revenus stables, mais sans filet supplémentaire
Béatrice est salariée en CDI depuis douze ans dans le même cabinet. Son salaire net mensuel s’élève à 2 750 €, primes de bilan comprises sur une base annualisée — soit environ 150 € de prime lissée par mois. Elle ne fait pas d’heures supplémentaires et n’a aucun revenu complémentaire. Pas de freelance, pas de location, pas d’APL.
« J’ai un salaire correct pour la région, reconnaît-elle. Mais Nantes, c’est devenu aussi cher que Lyon sur l’immobilier. » Elle le sait mieux que personne : le coût de la vie varie énormément selon les villes, et Nantes ne fait plus partie des métropoles bon marché.
Elle n’est pas imposable sur le revenu — son foyer fiscal, composé d’elle seule et de sa fille de 9 ans en garde alternée, bénéficie de la demi-part, ce qui ramène son impôt à zéro. Un avantage concret sur son reste à vivre mensuel.
Des charges fixes qui grignottent plus de la moitié du salaire
C’est là que le tableau devient parlant. Béatrice loue un appartement de 68 m² dans le quartier Zola, à dix minutes du centre de Nantes. Son loyer charges comprises atteint 920 € par mois — un montant cohérent avec les prix nantais actuels, mais qui représente à lui seul 33 % de ses revenus.

Voici le détail complet de ses charges fixes :
- Loyer charges comprises : 920 €
- Assurance habitation : 18 €
- Mutuelle santé : 52 € (participation employeur déduite)
- Forfait mobile : 19 €
- Abonnement internet fibre : 28 €
- Abonnement Netflix + Spotify : 21 €
- Abonnement salle de sport : 30 €
- Assurance voiture : 62 €
- Crédit voiture (Renault Clio 2022, 48 mois) : 185 €
Total des charges fixes : 1 335 €. Il lui reste donc 1 415 € pour tout le reste — alimentation, essence, loisirs, épargne, et les imprévus. Ce n’est pas serré au sens strict, mais la marge de manœuvre est plus étroite qu’elle n’y paraît. Et c’est sur les dépenses variables que tout se joue.
À titre de comparaison, Thomas, policier à Bordeaux, ou Maxime, pompier à Grenoble, font face aux mêmes arbitrages dans des villes aux profils similaires.
Le quotidien : là où les euros disparaissent sans qu’on s’en aperçoive
Les courses alimentaires représentent le premier poste variable. Béatrice fait ses grandes courses au Leclerc une fois par semaine, complétées par un passage au marché le samedi matin. Budget moyen : 320 € par mois pour elle et sa fille les semaines de garde (soit environ 15 jours sur 30).
« Je ne fais pas attention à la marque, mais je regarde quand même l’étiquette. Depuis deux ans, j’ai vraiment senti la différence au passage en caisse. » Une hausse que des millions de Français ressentent depuis plusieurs années sur leur pouvoir d’achat réel.

L’essence lui coûte environ 90 € par mois — elle habite à 12 km de son cabinet et fait quelques déplacements le week-end. Le resto ou les sorties ponctuelles représentent 80 € mensuels : un repas en famille chez ses parents, une pizza avec une amie, rarement plus. Elle dépense 40 € en vêtements sur une base lissée (elle achète peu, mais pas rien). Les loisirs et activités de sa fille — cours de danse, fournitures scolaires, sorties — ajoutent 110 € de plus.
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Total dépenses variables : environ 640 €.
On arrive donc à un cumul de 1 335 € (fixes) + 640 € (variables) = 1 975 € de dépenses mensuelles. Sur 2 750 € de revenus, il reste théoriquement 775 €. Mais la réalité, c’est qu’il ne reste jamais exactement ce montant.
L’épargne : ce qu’elle met de côté, et ce qu’elle aimerait
Béatrice épargne de façon régulière, mais pas encore autant qu’elle le souhaiterait. Chaque mois, elle vire 200 € sur son Livret A — aujourd’hui rempli à 12 000 € — et 150 € sur un PEA ouvert il y a trois ans, sur lequel elle a placé des ETF monde. Au total, elle met donc 350 € de côté chaque mois, soit 12,7 % de ses revenus.

C’est une bonne discipline, mais elle est consciente que laisser trop d’argent sur un compte courant sans stratégie coûte en réalité de l’argent. Son compte courant affiche en moyenne 600 à 800 € à la fin du mois — ce qu’elle considère comme son « matelas de sécurité » avant le loyer suivant.
Pas de crédit immobilier en cours. Elle rêve d’acheter, mais les prix nantais l’ont pour l’instant découragée. « Un 70 m² dans mon quartier, c’est 280 000 €. Avec mon apport actuel et mon salaire seul, la banque ne me suivra pas tout de suite. » Dans certaines villes françaises, les prix de l’immobilier ont pourtant significativement baissé ces deux dernières années — mais Nantes ne fait pas encore partie du lot.
Les imprévus — réparation voiture, vêtements scolaires de rentrée, cadeaux d’anniversaire — lui coûtent en moyenne 100 à 150 € par mois sur l’année. C’est ce poste-là qui réduit son reste réel à environ 400-450 € de liberté mensuelle, une fois tout décompté.
« Je sais que je devrais épargner plus, surtout pour la retraite. Mais entre le quotidien et les imprévus, les 350 € que je mets de côté, c’est déjà un effort. » Une réflexion qui résonne avec ce que les études sur la classe moyenne française montrent régulièrement : entre les charges et le coût de la vie, l’épargne est souvent la première variable d’ajustement.
Le verdict : à l’aise sur le papier, vigilante dans la réalité
Béatrice gagne 2 750 € nets par mois, soit nettement au-dessus du salaire médian français, qui tourne autour de 2 100 € nets selon les dernières données INSEE. Elle est donc dans le tiers supérieur des salariés français — mais loin des profils aisés comme Sofia, pharmacienne à Lille à 3 100 € ou Pauline, infirmière libérale à Montpellier à 3 200 €.
Son budget est équilibré, son épargne réelle, sa gestion sérieuse. Mais la pression du loyer nantais, la monoparentalité partielle et l’absence de revenus secondaires lui laissent peu de marge pour les projets d’envergure. Acheter serait possible, mais au prix d’un sacrifice mensuel significatif. Épargner davantage aussi — mais cela supposerait de renoncer aux quelques sorties qui rendent le quotidien vivable.
« Ce que j’aimerais vraiment, c’est un peu plus de respiration. Pas luxe — juste respiration. » Ce n’est pas une plainte. C’est la réalité de beaucoup de Français qui gèrent bien, mais qui gèrent quand même.