Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Argent

Guerre en Iran : pourquoi votre Livret A pourrait rapporter davantage dès le 1ᵉʳ août

Publié par Mathieu le 12 Mai 2026 à 9:28

Depuis que la guerre fait rage en Iran, les prix grimpent en France. L’essence, l’alimentation, les produits du quotidien : tout augmente. Mais cette inflation a un effet secondaire auquel peu de Français pensent. Elle pourrait bien faire remonter le taux du Livret A dès cet été. Et pour une fois, les épargnants auraient une raison de dire merci à la conjoncture.

Une inflation à 2,2 % en avril… et ce n’est pas fini

Les chiffres de l’INSEE sont tombés et ils confirment ce que tout le monde ressent au quotidien. En avril, l’inflation en France a atteint 2,2 %, contre seulement 1,7 % en mars. Un bond significatif en un seul mois. Dans la zone euro, la situation est encore plus tendue : on frôle déjà les 3 %.

Un automobiliste français faisant le plein face à la hausse des prix

Parmi les moteurs de cette hausse, un coupable revient sans cesse : la flambée des prix du carburant. Le conflit en Iran, qui dure désormais depuis plus de deux mois, perturbe profondément les circuits d’approvisionnement en pétrole. Le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour le brut mondial, est au cœur des tensions. Résultat : chaque litre d’essence pèse un peu plus lourd dans le budget des Français.

Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l’épargne, a confié à RMC Conso que l’inflation pourrait « se hisser jusqu’à 3 % d’ici le mois de juin » si la situation au Moyen-Orient perdure. Un scénario qui n’a rien d’hypothétique quand on voit les dernières semaines. Car le problème, c’est que la hausse des carburants ne reste jamais isolée bien longtemps.

L’effet domino qui touche votre caddie

Quand le pétrole flambe, ce n’est pas seulement à la pompe que ça se voit. Le carburant est le sang de l’économie : il fait tourner les camions de livraison, les usines, les serres agricoles. Le risque que cette inflation contamine d’autres secteurs — produits laitiers, produits industriels, et à terme les salaires — est bien réel selon Philippe Crevel.

Certaines enseignes commencent déjà à répercuter la hausse. Michel-Édouard Leclerc alertait récemment sur les tensions avec les grandes marques autour des prix. Côté énergie, la facture de gaz pourrait s’alourdir de 500 euros par an si le conflit dégénère davantage. Le coût par foyer grimpe, et l’État reconnaît avoir peu de marges de manœuvre.

Rayons clairsemés dans un supermarché français à cause de l'inflation

Pour les ménages, la situation est paradoxale. L’inflation mange leur pouvoir d’achat d’un côté. Mais de l’autre, elle nourrit un mécanisme que 55 millions de Français ignorent peut-être : la formule de calcul du taux du Livret A. Et c’est là que ça devient intéressant.

Comment l’inflation fait bouger votre Livret A

Le Livret A n’est pas un produit figé. Son taux actuel de 1,5 % — le plus bas depuis quatre ans — est réexaminé deux fois par an. La prochaine échéance tombe le 1ᵉʳ août 2026. Pour fixer ce taux, la Banque de France utilise une formule précise qui intègre deux paramètres clés.

Le premier : la moyenne de l’inflation sur les six derniers mois. Le second : le taux €ster, qui reflète les taux directeurs de la Banque centrale européenne. Actuellement, l’€ster est stable autour de 1,93 %. Si l’inflation continue de grimper vers 3 % comme le prévoit Philippe Crevel, la formule mathématique s’emballe mécaniquement.

Concrètement, l’économiste estime que le taux du Livret A pourrait « passer de 1,5 % à 1,8 % ». Et dans un scénario où l’€ster grimperait jusqu’à 2,1 % — ce qui est tout à fait envisageable si la BCE réagit à l’inflation — le taux pourrait même atteindre les 2 %. Pour un Livret A au plafond de 22 950 euros, la différence se chiffrerait en dizaines d’euros supplémentaires d’intérêts annuels. Pas une fortune, mais un signal fort. Et surtout, un retournement de tendance après des mois de baisse programmée.

Mais entre la formule et la réalité, il y a un acteur qui peut tout changer : le gouvernement.

Quand le ministre peut dire non à la formule

C’est le point que beaucoup d’épargnants oublient. La décision finale sur le taux du Livret A ne revient pas à un algorithme. Elle revient au ministre de l’Économie, qui peut déroger à la formule si les circonstances le justifient.

Le précédent est récent. En août 2023, Bruno Le Maire avait gelé le taux du Livret A à 3 %, alors que l’application stricte de la formule aurait donné… 4,1 %. Un écart considérable. Ce gel a été maintenu jusqu’en février 2025. La raison ? Chaque point de taux supplémentaire coûte cher à l’État et aux organismes qui empruntent les fonds du Livret A — notamment pour financer le logement social et les projets d’infrastructure.

Documents financiers sur un bureau ministériel à Bercy

Le gouvernement actuel pourrait donc être tenté de refaire le même coup. L’argument est déjà prêt : la situation géopolitique est « exceptionnelle et incertaine », ce qui justifierait une dérogation à la formule standard. En clair, même si les maths disent 1,8 % ou 2 %, Bercy pourrait décider de maintenir le taux à 1,5 %. C’est légal, même si c’est impopulaire.

Le contexte budgétaire tendu pèse dans la balance. L’État jongle entre la hausse des dépenses militaires, le coût du Smic qui pourrait augmenter d’au moins 2 % dès juin, et des recettes fiscales sous pression. Augmenter la rémunération de 55 millions de livrets, ça a un prix politique — mais aussi un coût financier non négligeable.

Ce que les épargnants devraient faire d’ici août

Si la hausse se confirme, un réflexe s’impose : optimiser ses versements avant la date butoir. Les intérêts du Livret A sont calculés par quinzaine. Un virement effectué juste avant le 1ᵉʳ ou le 16 du mois rapporte davantage qu’un virement en milieu de quinzaine. Ce détail technique, que les banquiers expliquent rarement, peut faire une différence sur un an.

Pour ceux qui trouvent le rendement du Livret A trop faible même à 1,8 %, des alternatives existent. Le LEP (Livret d’épargne populaire), réservé aux revenus modestes, change ses règles en 2026 et offre un taux plus avantageux. Les comptes à terme permettent aussi de doubler les gains pour ceux qui acceptent de bloquer leur épargne quelques mois.

Les couples ont un levier supplémentaire : en combinant Livret A, LDDS et LEP pour les deux conjoints, l’enveloppe défiscalisée peut atteindre 89 900 €. À 1,8 % ou 2 %, les intérêts deviennent enfin un peu plus qu’un arrondi en fin d’année.

L’ironie d’une guerre qui profite aux épargnants

Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans cette situation. Un conflit armé à des milliers de kilomètres, qui provoque des pénuries dans les villes françaises, qui fait exploser les prix à la pompe, qui menace des milliers de vols cet été… et qui, par un effet de ricochet macroéconomique, finit par faire gagner quelques euros de plus aux épargnants.

Pendant ce temps, TotalEnergies affiche un bénéfice trimestriel en hausse de 50 %. Les compagnies aériennes réduisent leurs lignes. Et Michel-Édouard Leclerc avoue ne plus avoir qu’un mois de visibilité sur ses stocks de carburant.

Le vrai gagnant de cette affaire ne sera ni l’épargnant ni le consommateur. Ce sera celui qui, en août, décidera si le taux du Livret A suit la formule — ou si Bercy choisit, une fois de plus, de geler les compteurs. Le changement prévu au 1ᵉʳ août pourrait rapporter davantage… mais il y a toujours un revers. Les prochaines semaines seront décisives.

Rejoignez nos 875 726 abonnés en recevant notre newsletter gratuite

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *